De Amie
Dugas. Amitié . 10
Les Stoïciens auraient donc, comme les Épicuriens, mis l'amitié à part, lui reconnaissant le caractère privilégié d'être toujours volontaire et morale, et regardant la volonté ou l'amour comme le principe essentiel de toute liaison ou de toute société humaine. Montaigne a dit de même, s'inspirant, à ce qu'il semble, delà pensée antique, dans ses pages sur l'amitié d'un accent si personnel :
A mesure que ce sont amitiés que la loi et l'obligation naturelle nous commande, il y a d'autant moins de notre choix et liberté volontaire; et notre liberté volontaire n'a point de production qui soit plus proprement sienne que celle de l'affection et amitié *.
Les Stoïciens ont élevé les affections volontaires si fort au-dessus des affections naturelles qu'il leur est arrivé de dire que les secondes ne sont rien. Ainsi doit s'entendre une bizarre accusation, portée par Cassius contre Zenon. Zenon aurait dit que
à part les gens de bien, tous les hommes sont les uns pour les autres des ennemis privés et publics, des esclaves, des étrangers, fussent-ils pères et fils, frères et parents; et dans la République, il aurait dit encore que les gens de bien sont seuls citoyens, amis, parents et hommes libres, en sorte que, pour les Stoïciens, les parents etlesenfants sontennemis, car ils ne sont point sages2.
Qu'est-ce à dire, sinon qu'entre ceux que la nature a destinés à s'aimer les uns les autres, le vrai lien est celui de la volonté et de l'amour ?
L'amitié est donc le type de toute affection; car, tandis qu'on peut être frères seulement par le sang ou la chair, on est toujours amis par le cœur ou la volonté. Aussi toute relation sociale doit se transformer en amitié, tout lien naturel doit être agréé, consacré par l'amour. Les rapports