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Diogène Laerce, VII., i

THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l' AMITIÉ 147

naturels d'homme à homme, de père à fils, etc., n'existent vraiment que par notre volonté. Platon appelait déjà l'amour une servitude volontaire (êOsXoSouXeîa) et les Épicuriens ne reconnaissaient pas d'autres affections que celle qui est contractée librement, ou l'amitié. Les Stoïciens accusent plus nettement encore le caractère volontaire de l'amour. En effet, nos affections ne seraient pas vraiment libres, si nous les choisissions toujours selon nos goûts; nous disposons bien mieux de notre cœur, si nous en disposons contre notre intérêt et notre plaisir, si nous nous obligeons à aimer ceux que nous devons aimer, à savoir nos parents, nos frères, nos enfants, et en général tous les hommes, voire môme les méchants, si nous ne subissons en amour aucune violence, pas môme celle de la passion ou de l'attrait.

Les Stoïciens, comme les Épicuriens, entendent par amitié l'amour volontaire ; niais ils font aussi rentrer dans l'amitié les affections naturelles, en tant qu'elles reçoivent 1' « adhésion du cœur » (<juyxaTàO£<j'.;). Enfin l'amitié proprement dite est en un sens plus volontaire que l'amitié en général. En effet, la volonté n'intervient dans les affections naturelles que pour y consentir, elle ne les règle point, elle les trouve établies, elle les respecte ; au contraire, elle crée de toutes pièces l'amitié et, après l'avoir établie, elle peut la rompre ; elle pose les termes du traité amical, et au besoin elle le dénonce. Il y a deux sortes de rapports, dit Simplicius : des rapports naturels et volontaires.

Pour ce qui est des rapports volontaires, l'un de nous peut les rompre par une libre décision, bonne ou mauvaise, car c'est la volonté qui les a établis. Mais, pour ce qui est des rapports naturels, ils ne relèvent pas de la volonté, mais de la nature. C'est pourquoi, si notre ami par méchanceté veut devenir notre ennemi, il rompt le lien qui nous attache à lui, et nous ne devons plus remplir envers lui les devoirs de l'amitié, car il ne peut plus être notre ami, mais notre ennemi. Mais toute la mauvaise volonté d'un père ne peut rompre le

lien de père à fils, car ce lien est naturel et non volontaire; et c'est à un père qu'on est lié, non à un bon père. Qu'on tombe sur un père méchant, on n'en doit pas moins s'acquitter envers lui de ce qu'on doit à un père l.

De ce que la volonté est le principe de l'amilié, il ne s'ensuit pas que l'amitié soit libre et arbitraire dans ses choix. La volonté, en effet, se confond avec la raison, elle n'est point la liberté d'indifférence. A cette question : qui devons-nous aimer? les Stoïciens répondent : d'abord nos semblables, nos parents, nos concitoyens et, en général, tous ceux avec qui nous avons des rapports de société naturels. Cependant les affections naturelles, si nombreuses qu'elles soient, ne peuvent nous suffire. C'est notre privilège de pouvoir aimer ceux que nous ne sommes pas dans une obligation naturelle d'aimer et, quand nous avons des parents, des frères, etc., de nous donner encore et par surcroît des amis.

L'amitié paraît inexplicable, n'ayant pas de base naturelle. Ne dériverait-elle pas d'une affection naturelle, et par exemple de l'instinct général de sociabilité, ou cp-.Xavôpama? Mais l'inclination qui nous porte à aimer tous les hommes ne saurait nous porter spécialement à aimer tel homme de préférence aux autres. L'amitié est encore moins réductible à l'amour de soi, comme le prétendent les Épicuriens. Dérive-t-elle donc de l'amour, selon la théorie de Platon? « Le sage aura de l'amour pour les jeunes gens dont la beauté révèle d'heureuses dispositions pour la vertu, » disent Zenon et Chrysippe. L'amour est un désir de contracter amitié, inspiré par la vue de la beauté, et il n'a pas pour fin l'union sexuelle, mais l'amitié2 ».

Dans ces « amours saints, qui ne sont pas, selon les

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