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problème de l'amitié et est arrivé par suite à des conclusions plus positives. Ainsi, tandis que, dans le Lysis, Platon se plaît à relever les contradictions qu'enveloppe toute définition de l'amitié, Aristote remonte à l'origine de ces contradictions et en découvre la cause. Il dissipe l'équivoque du mot amitié. 11 en est de ce mot comme du mot îaTpixov, par lequel on désigne à la fois le médecin, la science du médecin et sa lancette. ParoiXb. on entend également l'affinité des éléments et l'amitié entre les personnes. 11 y a des philosophes qui voient dans l'amitié un phénomène physique; d'un sentiment de l'aine humaine ils font un attribut des choses. Parce que les choses peuvent être aimées, ils croient qu'elles peuvent aimer; ils ne voient pas que l'amitié consiste à aimer et à être aimé tout ensemble, que c'est une affection payée de retour (àvricpî- X-/]criç) l. Les choses ne peuvent aimer; elles ne peuvent non plus, à proprement parler, être aimées. Les êtres inanimés ne rendant pas affection pour affection, le sentiment qu'on éprouve à leur égard n'est pas Y amitié, cptXla; ils portent dans la langue précise d'Aristote un autre nom, celui d'intérêt, yXkrpis. On n'aime pas les choses, car les aimer serait leur « vouloir du bien »; ainsi on n'a pas pour le vin de l'amitié; on en prend soin, on le conserve, mais ce qu'on en fait, c'est pour le boire. L'affection qu'on a pour les choses vise toujours leur usage; on ne s'intéresse pas à elles directement et pour elles-mêmes.
S'il n'y a pas de notre part d'amitié pour les choses, il y a encore moins d'amitié dans les choses. C'est gratuitement qu'on fait honneur aux êtres inanimés de sentiments humains : les éléments s'attirent, se combinent, mais ne
1. Platon avait distingué déjà trois sens du mot « ami » : 1° l'ami, c'est celui qui aime, sans être aimé lui-même; 2° l'ami, c'est celui qui est aimé et n'aime point: 3° l'ami, c'est celui qui aime et est aimé tout ensemble. Ce dernier sens est le vrai : « où il n'y a pas réciprocité, il n'y a pas amitié ». Lysis, 212 D.
s'aiment point. Il n'est pas même vrai de dire qu'ils se recherchent. Ainsi « peut-être le contraire ne tend-il pas vers le contraire, absolument parlant, mais seulement d'une manière accidentelle; ce à quoi il aspire, c'est le milieu, c'est un état intermédiaire, car c'est là ce qui est bon; par exemple, l'humide ne tend pas à devenir sec, mais il est en marche vers une sorte de milieu entre l'humide même et le sec i ». Aussi Aristote ne cite-t-il que pour mémoire les thèses d'Empédocle et d'Heraclite; il ne les discute point, il les néglige ou, s'il les considère, c'est exclusivement du point de vue moral et en tant qu'elles s'appliquent aux personnes. 11 les détourne donc de leur sens historique, il en restreint la portée, mais par là il en fixe la valeur : à des formules philosophiques, ambitieuses et vagues, il découvre un sens psychologique, simple et profond.
Selon lui, il sera permis de dire que l'amitié est Y union des semblables, pourvu qu'on l'entende des personnes et non des choses, et non de toutes les personnes, mais de celles-là seulement qui sont vertueuses ou agréables les unes aux autres. De même, il est vrai que l'amitié est Ywiioii des contraires, si l'on a en vue seulement l'amitié intéressée. En eflet., ceux-là seuls qui s'opposent, comme le riche et le pauvre, le savant et l'ignorant, sont utiles l'un à l'autre et, si les gens moroses aiment ceux qui sont gais, si les ardents recherchent les indolents, si les caractères les plus opposés se conviennent, c'est encore qu'ils ont intérêt à vivre ensemble, se faisant équilibre, se corrigeant mutuellement de leurs défauts2. Les contraires ne se recherchent donc .pas en tant que tels, mais en îant qu'ils gagnent à être rapprochés, en tant qu'ils s'aident l'un l'autre à réaliser la vertu ou l'état parfait, lequel, selon la