‹ L'amitié antiqueChapitre 123 sur 194 · Ouv. cité, IV · texte numérisé non relu

Ouv. cité, IV

de déployer nos vertus et d'accroître notre mérite. Il est bon de s'imposer des tâches difficiles pour s'exercer à la pratique des vertus moyennes. Quand on aura supporté en silence les outrages d'un ennemi, on n'aura pas de peine à supporter ceux d'une femme, d'un ami, d'un frère; c'est ainsi que Socrate, en vivant avec Xanthippe, s'habituait à la patience. De môme, quand on aura pratiqué à l'égard d'un ennemi la générosité, la grandeur d'âme et le pardon, on ne pourra manquer d'être un ami courageux et dévoué. Nous devons être justes envers nos ennemis, parce que cela exige un noble effort, et aussi parce que nous devons nous faire de la justice une habitude.

La méchanceté, la fourberie et la ruse qui ne paraissent point, à l'égard d'un ennemi, des actions injustes et coupables, une fois qu'elles sont entrées dans l'âme, y demeurent et n'en peuvent être chassées, puis on se rend injuste envers ses amis par habitude et pour ni; s'être point interdit de l'être envers ses ennemis1.

Si donc on n'avait égard qu'à ses ennemis, la jalousie, le ressentiment des injures seraient des sentiments permis; mais il n'est point sans conséquence de nourrir en son Ame des sentiments de haine. C'est ainsi que, selon Pylhagore, il ne faut pas être cruel envers les animaux, de peur qu'on ne prenne l'habitude de la cruauté 2. Ni les animaux ni les ennemisnese recommandentà nous parleur valeur propre : ils n'ont sur nous aucun droit; quand nous pratiquons la bonté envers eux, ce n'est point non plus par générosité pure, mais à litre d'exercice; ils sont pour nous un moyen de perfectionnement moral, une occasion de mérite.

Ainsi on ne doit point à ses ennemis la justice; mais on s'interdit de les haïr par une sorte d'hygiène morale. Cependant la haine est parfois aussi une maladie qui doit

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