Ouv. cité, IX
2. Pour la critique de cette théorie, reproduite par Kant, voir Schopenhauer, le Fondement de la morale, trad. Burdeau, p. (34.
suivre son cours. Il y a tel cas où il est bon de s'y abandonner. Tantôt le moraliste ne voit en elle qu'un sentiment funeste et la condamne absolument; tantôt il considère qu'elle est dans la nature, partant inévitable, et il lui fait sa part. Tout homme a dans le cœur une certaine dose de haine et de jalousie; il fera bien de la dépenser toute à l'égard de ses ennemis. « Il y aurait pour lui un grand avantage à se purger de ces passions, en les reportant sur ses ennemis, en leur trouvant un écoulement, une issue, et en faisant qu'elles n'atteignent jamais ses amis et ses proches *. »
Une révolte ayant éclaté à Chio, Onomadème conseilla à la faction victorieuse de ne pas exiler tous les vaincus, mais d'en laisser quelques-uns dans la ville, de peur que la discorde n'éclatât dans ses rangs, quand elle n'aurait .plus de faction rivale. Il y a des chances pour qu'on traite d'autant mieux ses amis qu'on traitera plus mal ses ennemis. Plutarque ne se lasse pas de rendre cette idée en variant ses images. « Si on n'a pas d'autre moyen, dit-il, d'éviter les rivalités, les jalousies, les querelles, qu'on s'habitue à mordre ses ennemis prospères, qu'on aiguise sur eux ses dents, qu'on leur en fasse porter la marque. » De même encore, les roses et les violettes s'améliorent, quand on plante auprès d'elles de l'ail et des oignons, parce que ces dernières plantes accaparent les sucs acres et fétides du sol. Ainsi notre ennemi, attirant à lui les sentiments de malveillance et d'envie, qui sont en notre âme, nous rend par là même plus bienveillants et plus tendres pour nos amis.
En résumé Plutarque, sachant que la haine a dans nos cœurs des racines naturelles, consent à ce qu'elle croisse, se développe et porte ses fruits. Il s'efforce seulement d'en régler le cours, d'en diriger l'emploi. Nous devons, selon