Eth. Nie, X, vu, 117 a
C'est donc seulement au point de vue idéal qu'on peut dire que l'amitié implique la vertu l. « Mais, considérée en elle-même, l'amitié est encore une vertu, au moins une « vertu naturelle » (tfosucV) àper^). La disposition à aimer est l'indice d'une belle àme : « nous louons ceux en qui elle se trouve » ; les mots àyaOôç et 01X0; sont tenus pour synonymes. Non seulement le penchant à l'amitié est une qualité heureuse, mais l'amitié elle-même est « une vertu particulière », Elle est une vertu, en tant qu'elle est une « habitude » morale, et une vertu particulière, en tant qu'elle rentre dans la justice, qu'elle est la justice à l'état d'achèvement. En effet, « quand les hommes s'aiment entre eux, il n'est plus besoin de justice; mais ils ont beau être justes, ils ont encore besoin d'amitié; et le plus haut degré de la justice paraît tenir de l'amitié 2 ».
L'amitié 1° fait partie des biens extérieurs, et est te complément de la vertu, "2° sous sa forme parfaite, a pour condition la vertu.
Suivant Arislote, l'homme vertueux n'est jamais véritablement misérable; toutefois il ne goûte pas non plus le bonheur complet, s'il manque des biens extérieurs, s'il est, par exemple, sans amis. Fût-elle étrangère à la vertu, l'amitié contribuerait donc encore au bonheur. Nul ne peut se passer d'amis, les riches et les pauvres en ont un égal besoin. En effet, « comment entretenir et conserver des biens considérables sans amis qui vous guident? Plus la fortune est considérable, plus elle est exposée. » En outre, « à quoi sert la richesse, sinon à pratiquer la bienfaisance, laquelle s'exerce surtout, et de la façon la plus louable, à l'égard des amis? » L'amitié est le recours
1. Amicilia... est cum virlute, in quantum scilicel est causa verse amicitise (Saint Thomas).