Eth. Nie, VIII, i, il 55 a
Dugas. Amitié. 12
naturel des faibles : elle procure un appui moral aux jeunes gens, un appui matériel aux vieillards; elle met les premiers en garde contre les entraînements et les fautes, elle donne aux autres des soins. Elle est un encouragement aux forts.
Deux hommes de cœur, lorsqu'ils marchent ensemble l, sont plus capables de bien voir et de bien faire. D'une manière générale, l'amitié est donc « très nécessaire » à la
vie *.
L'amitié est donc un bien extérieur, et, à ce titre, elle est le complément de la vertu, puisqu'il est désirable, sinon nécessaire, qu'à la vertu se joignent les faveurs de la fortune. En outre, l'amitié implique la vertu comme condition essentielle, ou du moins comme cause adjuvante et occasionnelle ; car, si l'amitié se rencontre en dehors des gens de bien, c'est chez eux qu'elle se rencontre toutefois le plus ordinairement et sous sa forme la plus parfaite.
L'objet de l'amour ne peut être que le bien, mais on distingue trois sortes de biens : l'intérêt, le plaisir et la vertu. C'est une illusion de rechercher comme des biens l'intérêt et le plaisir, car l'intérêt n'est qu'un moyen de se procurer le plaisir; et le plaisir lui-même ne peut être une fin, étant le résultat ou l'accompagnement d'une action et empruntant à cette action sa valeur. Le seul bien véritable, c'est la vertu. C'est donc aussi une illusion de tenir pour des amitiés les liaisons qui se fondent sur l'intérêt et le plaisir. En effet, la communauté des intérêts n'est pas. l'union des cœurs, et le fait de goûter des plaisirs communs n'est pas l'affection. La seule amitié véritable, c'est l'estime réciproque des gens de bien. Aristote soutient que le degré de l'amitié se mesure à sa valeur morale. La plus noble amitié est aussi la plus réelle ; celle qui a le