‹ L'amitié antiqueChapitre 134 sur 194 · Épictète, Enlr., I, xxvm; II, xxn · texte numérisé non relu

Épictète, Enlr., I, xxvm; II, xxn

THÉORIES MORALES DE l'aMITIÉ 193

jours tel qu'on ne peut nous le ravir, le mal, tel qu'on ne peut nous l'infliger.

En effet, il n'y a de bien que la vertu, de mal que le vice, et tous les deux dépendent exclusivement de nous. Mais, si nous appelons biens les choses indifférentes et qui ne dépendent pas de nous, comme la richesse, le pouvoir, nous entrons aussitôt en guerre avec tous les hommes ; car ces choses ne peuvent être communes à tous, et il faut en disputer aux autres la possession i.

C'est ce qu'Epictète exprime par une comparaison. De petits chiens jouent ensemble et se caressent; qu'on leur jette un morceau de viande; les voilà prêts à s'enlre-dévorer. De môme qu'on mette entre Étéocle et Polynice un royaume, entre un père et un fils une jeune fille qu'ils convoitent, entre Amphiaraûs et sa femme un collier2, et ces êtres destinés à s'aimer et qui s'aimaient, deviendront des ennemis acharnés à se nuire. Leur haine naît de l'opinion où ils sont qu'un royaume, la possession d'une jeune fille, un collier sont des biens. S'ils estimaient ces choses à leur prix, s'ils les tenaient pour indifférentes, ils garderaient les sentiments qui conviennent aux frères, aux pères, aux fils, aux époux.

C'est pourquoi les Stoïciens prétendent que le « le sage seul sait aimer ». Le sage ici désigne celui qui est détaché des choses indifférentes, éternel et unique objet de division et de haine parmi les hommes. Si le bien en effet consiste dans les choses indifférentes, c'est-à-dire dans le corps et les choses extérieures, il n'y aura pas un seul bien, il yen aura une infinité, et l'un exclura l'autre. Dès lors l'amitié ne sera jamais constante et sûre : on sera sollicité tour à tour

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