‹ L'amitié antiqueChapitre 137 sur 194 · Épictète, Enlr., IV vi; M. -A., VIII · texte numérisé non relu

Épictète, Enlr., IV vi; M. -A., VIII

2. « On demandait à Zenon comment il supporterait une injure. Il répondit : comme un envoyé qu'on congédierait sans réponse » (Diogène Laerce, VII, 24).

THÉORIES MORALES DE l' AMITIE 197

Choisis lequel tu préfères, dit Épictète, ou de conserver l'affection que tes amis avaient pour toi, en continuant d'être semblable à toi-même, ou de devenir meilleur et n'être plus traité par eux de la même manière. En cessant de boire avec ceux avec qui tu buvais, tu ne saurais leur être aussi agréable qu'auparavant; choisis ou d'être un ivrogne et de leur plaire, ou d'être sobre et de leur déplaire. En ne chantant plus avec ceux avec qui tu chantais, ils n'auront plus pour toi la même amitié; décide-toi pour ce que tu crois préférable. Car, s'il vaut mieux être modestg et décent que d'entendre quelqu'un s'écrier : 0 l'homme charmant ! répudie, abandonne le reste, tu n'as plus rien de commun avec eux l.

Non seulement le sage s'interdit certaines amitiés par respect pour lui-même, mais encore il n'a égard dans ses amitiés qu'à lui-même et à ce qu'il doit. Il n'accorde point aux autres hommes l'amitié à laquelle ils prétendent, mais seulement celle dont il les juge dignes.

Quel que soit l'objet de ton affection, souviens- toi, dit Épictète, de te demander quelle est sa nature et règle là-dessus tes vœux. Si c'est un vase d'argile que tu aimes, dis : c'est un vase d'argile que j'aime, car, s'il se brise, tu n'en seras pas troublé. De même, si tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis : c'est un être humain que j'embrasse, car, s'il meurt, tu n'en seras pas troublé 2.

Les hommes, il est vrai, ne consentent pas à être aimés ainsi sans émotion, sans trouble; mais le sage ne saurait les traiter autrement que lui-même. Il accepte de mourir; pourquoi n'accepterait-il pas de voir mourir aussi ceux qu'il aime ? Courageux pour son compte, aurait-il le droit d'être lâche pour le compte des autres ?

« Il faut aimer tes amis comme il convient à un homme généreux et heureux. Jamais la raison ne nous commande de nous abaisser, de pleurer, de nous mettre dans la dépendance des autres. Comment Socrate aimait-il ses enfants?

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