Épictète, Entr., II, xvn
sion, massacrant ses enfants pour se venger de son mari. Il a pour les méchants la pitié que nous ressentons pour les aveugles et les boiteux; mais cette pitié qu'il leur accorde, il la refuse aux exilés, aux pauvres. C'est que l'exil et le besoin ne sont pas des maux. Peu importe que les autres en souffrent parce qu'ils les jugent tels ! Le Stoïcien condamne leur opinion et ne plaint pas leur souffrance.
Si nous voyons quelqu'un qui gémit, nous nous écrions aussitôt : c'est un homme perdu !... Si nous voyons un exilé •' infortuné ! Si nous voyons un indigent : pauvre malheureux ! il n'a pas de quoi manger ! Ce sont là des opinions fausses, qu'il faut rejeter, contre lesquelles il faut se raidir. En effet, qu'est-ce que pleurer et se lamenter? opinion. Le malheur? opinion i.
Ainsi il faut avoir de la compassion pour le seul malheur vrai, qui est. le vice, et fermer son cœur aux infortunes vulgaires : à la séparation, à l'exil, aux maladies et à la mort. Le Stoïcien va contre les sentiments naturels ; il a pour les méchants de la pitié et point de haine, et ceux que les hommes appellent malheureux ne lui inspirent pas môme de la commisération. On sent chez lui comme une affectation de raideur, comme un parti pris d'insensibilité.
Le devoir doit prendre en amitié la place du sentiment. La tendresse est vaine, la pitié funeste. Épictète parle d'un homme qui aurait quitté sa fille malade pour ne pas la voir souffrir. Cet homme aimait trop son enfant pour lui donner des soins : il l'abandonnait à sa nourrice, à son précepteur qui, s'ils l'avaient aimée à ce point, l'auraient donc abandonnée aussi. La pitié est déraisonnable, puisqu'elle porte à trahir ses devoirs envers ceux qu'on aime. Aussi est-il permis de la feindre, plutôt que de l'éprouver : la tendresse est pire que l'hypocrisie. Si un