‹ L'amitié antiqueChapitre 141 sur 194 · Enir., 1, xi; Man · texte numérisé non relu

Enir., 1, xi; Man

c'est pour cela que j'en prends soin. Est-ce que je ne prends pas soin de mon âne ? Est-ce que je ne lui lave et ne lui nettoie pas les pieds? Ne vois-tu pas que c'est de lui-même que tout le monde a soin, et qu'on n'a de soins pour toi que comme on en a pour son âne ? Qui donc enfin a des soins pour toi, à titre d'homme? Montre-moi celui-là. Qui est-ce qui veut te ressembler? Qui est-ce qui veut marcher sur tes traces, comme sur celles de Socrate l ? »

Ce n'est pas aux services qu'un homme nous rend, c'est aux sentiments qu'il a pour nous que nous reconnaissons s'il est notre ami 2. Un homme n'est pas notre ami, alors qu'il nous traite extérieurement comme tel, qu'il nous entoure d'égards, nous accable de prévenances et de soins. Il reste en effet à se demander si nous sommes pour lui un moyen ou une fin, si c'est son bien ou le nôtre qu'il cherche, s'il nous prête son appui ou se ménage le nôtre, si c'est à notre personne enfin et à elle seule qu'il est attaché. Au contraire, un homme est notre ami, alors qu'il ne nous est effectivement d'aucun secours, par cela môme qu'il nous aime et que nous sommes pour lui, selon le mot de Zenon, un « autre lui-môme ».

Le sage seul est vraiment aimé, car seul il est aimé pour lui-môme. En effet, il laisse ses amis « sans secours », il ne leur distribue point d'argent, il n'en fait pas des citoyens romains. Il refuse orgueilleusement de rendre des services.

« Amasse donc, lui dit-on, afin que nous possédions, nous aussi. » Il répond : « Si je puis amasser la richesse, tout en me conservant plein de pudeur et de foi et de magnanimité, montrez-moi la voie, et j'amasserai. Mais, si vous me demandez que je perde mes biens, mes biens propres, afin que vous acquériez des choses qui ne sont pas même des biens, voyez vous-mêmes combien vous êtes injustes et im-

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