Entr., II, xxn, I, xix
2. In peclore amicus quserilur, Sénèque, De Benef., VI, xxxiv. — Diogène Laebce, VII, l, 23.
prudents. Eh quoi ! qu'aimez-vous donc mieux de l'argent ou d'un ami plein de fidélité -et de pudeur? A devenir tel aidez-moi plutôt, et ne me demandez point de rien faire par quoi je perdrais de tels biens. »
Le sage est sans influence ; son lot, c'est la vertu, et non point une condition élevée. Il n'est pas en situation de rendre à ses amis des services. En eût-il les moyens, il n'en aurait pas la volonté. Il suit de là pour lui une conséquence heureuse : il n'a pas, comme les puissants, à se défier de ses amis. Quand il est aimé, il a la certitude de l'être pour lui-même, pour son caractère et pour ses vertus1.
L'amitié stoïcienne nous avait d'abord paru un attachement impersonnel. Il semblait que le sage pratiquât envers les autres hommes les devoirs de l'amitié, sans les aimer vraiment, qu'il se dévouât à eux, sans avoir avec eux une union de cœur et de volonté. En réalité, l'amitié ne consiste pas seulement à faire du bien à ses amis, mais encore et avant tout à les aimer eux-mêmes, à sympathiser avec leur volonté, non point, il est vrai, en tant que cette volonté est déraisonnable et injuste, mais en tant qu'elle est aimable, ayant le bien pour objet. L'amitié, en effet, est l'union entre des volontés raisonnables, elle n'existe qu'entre les sages, elle est la communion dans le bien, elle est une vertu. Les Stoïciens la conçoivent, non comme une société réelle, mais comme l'organisation idéale de la société humaine.
Conclusion.
On peut distinguer trois stades dans l'évolution de l'amitié : i° l'amitié est un sentiment fort de lui-même, qui ne se croit pas justiciable des lois morales ou s'élève au-dessus de ces lois; 2° elle ne croit pas pouvoir s'établir