De Benef., VI, 34, insecretum, — cumpluribus,— universos
masse et tous à la fois. Gela revient à dire qu'il y a autant de degrés ou de nuances particulières de l'amitié qu'il y a de groupes d'amis.
La question du nombre des amis n'est frivole qu'en apparence. Elle est psychologiquement d'un intérêt véritable et d'une haute portée. Vouloir que les affections s'étendent, c'est demander qu'elles se perdent. Voilà ce que n'ont pas vu les Stoïciens ni Platon La iroXucptXîa est une espèce de communisme. L'erreur est la même de croire qu'on puisse avoir pour amis tous les hommes et pour enfants tous les enfants de la cité. L'amitié change de nom et de nature, suivant qu'elle est conçue à la façon d'Aristote ou à celle de Zenon, comme personnelle ou impersonnelle.
Suivant Aristote, l'amitié est une affection particulière, exclusive, jalouse, qui se fonde sur un choix, et qui n'est possible qu'entre un petit nombre de personnes, peut-être qu'entre deux personnes. Suivant les Stoïciens, « c'est un bien d'avoir beaucoup d'amis1, » ou, pour mieux dire, il faut aimer tous les hommes d'un amour égal 2. « Partout où il y a un homme, il y a place pour ledévoûment et les bienfaits3. » Aristote dit au contraire: « 11 vaut mieux faire du bien à des amis qu'à des indifférents ou à des étrangers 4. » On reviendra plus loin sur le conflit de l'amitié et de la philanthropie.
Notons encore que le nombre des amis sert à caractériser l'amitié. Ainsi, quand on dit que les amis épicuriens étaient « si nombreux que des villes entières n'auraient pu les contenir», on donne à entendre qu'ils avaient « une serviabilité complaisante et empressée dans les diffi-