‹ L'amitié antiqueChapitre 157 sur 194 · Elh. Nie, VIII, i · texte numérisé non relu

Elh. Nie, VIII, i

En d'autres termes, la loi d'amour règle toutes les relations, sociales ou privées.

On n'a considéré jusqu'ici que l'amitié intéressée, comme si elle était la seule qui pût soulever des contestations et se rompre. L'amitié vertueuse est en principe « indissoluble ». Cependant, si on s'est lié à un homme, en lui attribuant une vertu qu'il n'a pas, ou en lui reconnaissant une vertu qu'il a cessé d'avoir, doit-on rester son ami ? Non. Aimer quelqu'un, c'est se rendre semblable à lui; on ne peut donc aimer un méchant. Mais il faut distinguer ceux dont la perversité est « inguérissable » de ceux « dont le le caractère peut être redressé ». Il est conforme à l'amitié d'aider un homme à devenir meilleur, plus encore que de l'aider à s'enrichir. Mais les méchants, destinés à rester tels, on ne peut, ni on ne doit les garder pour amis. Enfin l'inégalité peut devenir telle entre des amis, liés dès l'enfance, que la vie commune entre eux cesse d'être possible, l'un restant pour la raison un enfant, tandis que l'autre devient un homme supérieur.

En résumé, Aristote « demande si une liaison amicale doit être rompue, quand l'un des amis change, et il répond que la rupture s'impose dans le cas où ce changement louche aux conditions essentielles de cette amitié *. »

Mais la rupture est-elle jamais complète ? Ne laisse-t-elle rien subsister de l'amitié passée? En détruit-elle jusqu'au souvenir? Non. « Comme on doit chercher à plaire à des amis plus qu'à des étrangers, on doit aussi, en souvenir du passé, avoir des égards pour ceux dont on a été ami, à moins que la rupture n'ait eu pour cause leur extrême méchanceté 2. »

L'amitié ayant tenu la même place dans la société antique que le sentiment de la famille dans notre société moderne,

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