Platon, Criton, 45 A, B
Griton ajoute qu'il sera déshonoré, si on le soupçonne de n'avoir pas mis sa fortune à la disposition de Socrate pour faciliter son évasion.
Pour moi, si tu meurs, outre le malheur d'être privé pour toujours de toi, d'un ami de la perte duquel personne ne pourra me consoler, j'ai encore à craindre que beaucoup de gens qui ne nous connaissent pas bien, ni toi ni moi, ne croient que, pouvant te sauver, si j'avais voulu y employer tout mon bien, je t'ai abandonné. Y a-t-il rien de si honteux que d'avoir la réputation d'être plus atlaclié à son argent qu'à ses amis? Car enfin le peuple ne pourra jamais se persuader que c'est toi qui n'as pas voulu sortir lorsque je t'en ai pressé 1.
En posant que la fortune des amis est commune, Socrate n'exprime rien qui aille contre l'opinion courante, comme il ressort encore du passage suivant :
Je ne vous demande pas, dit-il en s'adressant à Lysis et à Ménéxène, lequel de vous deux est ie plus riche, car vous êtes amis, n'est-ce pas? — Oui, dirent-ils ensemble. — Et entre amis, dit-on, tous les biens sont communs; de sorte qu'il n'y a aucune différence entre vous, si réellement vous êtes amis, comme vous dites '-.
Tandis que Socrate blâme le sophiste qui reçoit de l'argent de ses disciples, il approuve donc qu'un ami vive des secours de son ami. Il n'y a point là de contradiction. Socrate, en efiet, est au-dessus de ce préjugé que recevoir de l'argent serait déshonorant en soi; au contraire, iî recommande le travail lucratif à des pauvres honteux, comme Aristarque et Euthère 3; lui même a accepté sans rougir des secours matériels de ses amis4. Mais c'est justement, à ses yeux, le privilège des amis de n'avoir pas à compter :