‹ L'amitié antiqueChapitre 17 sur 194 · Platon, Lysis, 207 C · texte numérisé non relu

Platon, Lysis, 207 C

S. Xlnopiion, Mémorables, Iî, vu, vin.

4. DioCxÈne Laerce, III, 74, 121, 34. — Sénèç-ce, Du Bencficiis, I, 8, VII, 24. Quintjlien, De Inslilulionc oraloria, Xil, 7, 9.

l'un a le droit de recevoir comme l'autre a le devoir de donner. Si donc le sophiste était l'ami de ses disciples, il pourrait sans bassesse en être l'obligé; mais alors, en recevant d'eux de l'argent, il ne toucherait pas un salaire. Autant il est juste que l'ami partage la fortune de son ami, autant il est contraire à la dignité d'un homme de recevoir rien d'un autre avec qui il n'a pas de rapports d'alïéction.

Est-ce à dire que les amis grecs aient réellement vécu sous le régime de la communauté des biens? Zeller remarque que la plupart des allusions au xoivà toc twv cpt'Àtov impliquent la reconnaissance de la propriété. C'est qu'au lieu de traduire un fait consacré, la devise pythagoricienne reste une prescription et un vœu; on laisse subsister les lois sur la propriété, mais on convient entre amis de n'en pas tenir compte. Chacun cesse, du jour où il a un ami, de regarder ses revenus comme lui appartenant en propre. 11 continue d'administrer sa fortune à part, mais il n'en dispose plus pour lui seul. La propriété garde son existence légale; la communauté s'établit comme une règle de conduite morale, c'est-à-dire volontaire et libre, recommandée et non commandée. En effet, quand les amis n'ont pas de joies qu'ils ne veuillent partager, comment voudraient-ils mettre leur fortune à part? Quand toutes choses entre eux sont communes, comment les biens ne le seraient-ils pas :

Les Pythagoriciens auraient donc simplement dit que la grossière distinction du tien et du mien, sur laquelle reposent les sociétés humaines, cesse d'exister dans la société idéale que ferment entre eux les amis. Mais c'est toujours volontiers et de bonne grâce que se fait le partage des biens; encore ce partage n'a-t-il lieu que dans l'amitié parfaite. Il faut que l'union des âmes précède la communauté des biens.

Celui auquel amour s'attache et qui en est inspiré, dit Plutarque, premièrement, comme s'il était de la République de Platon, il n'aura point de mien et de tien, car tous biens

ne sont, pas communs entre tous amis, mais entre ceux qui, étant séparés de corps, conjoignent leurs âmes par force, et les fondent ensemble, ne croyant que c'en soient deux, mais une seule *.

Socrale, en s'appropriant la devise pythagoricienne, l'entendait ainsi.

Aristote, qui cite et commente la môme devise, qui analyse toutes les conditions et les formes de l'amitié, qui réfute en outre le communisme de Platon, ne parle nulle part d'une société d'amis pythagoriciens qui aurait aboli la propriété. Epicure, le premier, a cru que la communauté des biens était, chez les Pythagoriciens, une pratique constante, une institution; il la désapprouve et y voit « une marque de défiance; plutôt que d'amitié2. Il estime qu'on ne doit point établir en amitié de règle ou de contrainte. La bonne volonté des amis ne saurait faire défaut. Ils seront toujours prêts à se secourir, et le feront de bonne grâce. Il faut qu'ils gardent la propriété de leurs biens pour qu'ils aient la joie et le mérite d'en faire don.

Il était dans l'esprit de l'Epicurisme d'affranchir l'amitié de toute contrainte, je ne dis pas seulement légale, mais morale. Il lui déplaisait peut-être qu'on fît aux amis une règle de se secourir entre eux, il voulait qu'on leur laissât prendre l'initiative de leurs bienfaits. Il se trouve donc que l'utilitarisme défend ici la théorie du désintéressement ou du pur amour.

Les Stoïciens, de leur côté, croient que la communauté qui existe entre amis n'exclut ni la propriété ni le don volontaire. Sénèque définit cette communauté d'une façon originale.

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