‹ L'amitié antiqueChapitre 161 sur 194 · De Amie, xxi · texte numérisé non relu

De Amie, xxi

3. C'est ce que Xénophon appelle -/.tfjai; ipt'Xwv {Mèm., II, îv, 1).

4. Xpsîa f'.Xw (Xén., ibid.). — -^crj<ji<; {Simplicius, Comm. d'Ëpictète, ch. xxx), usus (Cicéron).

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avec précision parla morale antique. Ces devoirs diffèrent, suivant que les amis sont dans des conditions de vie ordinaire et commune, ou qu'ils sont placés dans des circonstances particulières, comme l'éloignement et le malheur.

A. — Des devoirs des amis dans les conditions de vie ordinaire : la confiance, la franchise, V amitié et l'amour de soi, l'amitié et la justice.

Définir la conduite à tenir à l'égard des amis, c'est dire comment on doit les aimer. Or, il y a deux façons de concevoir l'amour : ou il est fait d'abandon et de confiance, ou il est réservé et prudent. Ces points de vue opposés trouvent leur expression extrême, l'un, dans le mot de César : Se malle perire semel quam diffidere semper; l'autre, dans la maxime de Bias : « Il faut aimer ses amis, comme si on devait avoir un jour à les haïr l. »

Tous les philosophes reconnaissent que l'amitié suppose la confiance ou tend à l'établir. Mais on distingue avec raison l'amitié à naître et l'amitié déjà formée : l'une comporte la réserve, l'autre commande la confiance. « Ne te hâte pas, dit Solon, de te donner des amis, mais ne juge pas mal ceux que tu t'es une fois donnés 2. » — « Ne tends pas légèrement la main droite », dit encore un proverbe pythagoricien. Enfin tous les moralistes répètent l'heureuse formule de Théophraste : « Quand l'amitié est née, il faut avoir confiance ; avant qu'elle naisse, il faut

1. Diogéne Laerce, I, 5. — Cicébon, De Amie, XVI. — Aristote, JRhét.. I, 2, 13. Aulu-Gelle, I, 3, attribue le mot à Chilon. Cette maxime se rencontre accidentellement chez Sophocle, Ajax, v. 687. Publius Syrus la répète : lia amicum habeas, posse ut facile fieri hune inimicum putes. Cf. Augier : « Défiance entière et réciproque, voilà la devise de l'amitié. »

2. D. L., I : *ï>(Xov»i [atj xa/ù xtû. oùç S'àv xTr{ar), p) <x7:o8o/.'[J.a^£.

être sur ses gardes l. » On fait au tutiorisme sa part, puisqu'on reconnaît que la confiance ne s'établit pas d'emblée et à la légère. L'amitié se fonde sur un choix ; la rigueur de ce choix fait la sécurité des amis et justifie leur confiance.

D'autres philosophes prennent la défense d'une générosité hardie. Sénèque dit que la confiance appelle la confiance : fidelem si putaveris, faciès. Ce n'est donc pas assez de se fier à ceux dont on a éprouvé l'amitié; il est permis d'accorder sa confiance à ceux mêmes dont on n'est point sûr. On gagne l'amitié de ceux à qui on témoigne de l'amitié. Ici, un appel est fait à la chance ; on consent à courir un risque. Toutefois, la générosité des Anciens n'est jamais paradoxale. Ils honorent la confiance, mais non la confiance aveugle. La maxime de Bias leur a paru odieuse; Gicéron déclare qu'elle n'est pas digne d'un sage 2. Mais on n'a jamais soutenu, même pour protester contre les excès du tutiorisme, que la confiance dût être un parti pris, une gageure.

Dans les amitiés, si grande que soit la part de la sagesse humaine, il y a toujours un risque à courir; ce risque, on l'accepte d'avance, mais on s'applique à le réduire. On ne pense pas que la foi ou la confiance soit nécessairement un pari, un défi à la fortune, ni, par conséquent, qu'elle ait d'autant plus de prix qu'elle est plus gratuite et moins sûre. L'absence de garanties, qui constitue pour l'amitié

1. Cicéron, De Amie, XXII. Cum judicaveris, diligere oportel, non, cum dilexeris, judicare. Cf. Sknlque, Ep., 3. Post amicitiam credendum, anle amicitiam judicandum. — Plutarque, Am. frat., 483 B : xoù{ [xlv yap âXXoTptouç, we 2Xeyc 0sô?paTroç, où <p;ÀouvTa osî xpivêiv, àXXà xptvovta ç'.Xêîv.

2. Je ne vois que Valère-Maxime qui l'approuve, et encore avec quelque réserve, et dans certains cas. Valère-Maxime, VII, 3: Hoc quidem prœceptum prima specie nimis forlasse callidum videatur inimicumque simplicitati, quâ prascipue familiaritas gaudet, sed si allioribus animis cogilatio demissa fuerit, perquam utile reperietur.

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un défaut, ferait en un sens le mérite des amis, étant pour eux l'occasion d'attester leur candide et courageuse bonne foi. Mais l'aveuglement ne doit pas être pris pour la mesure de l'amitié.

La question qui se pose est celle-ci : Faut-il suivre, en amitié, les conseils de la prudence ou les élans du cœur? L'antithèse des deux termes n'est qu'apparente. La prudence travaille à se rendre inutile : elle précède l'amitié, l'établit sur une base solide, puis s'efface devant elle. La confiance, c'est la prudence satisfaite, qui jouit en paix du succès de son œuvre. Il y a de l'une à l'autre la distance, mais aussi la relation des moyens au but. La confiance n'est jamais plus entière que lorsqu'elle s'établit avec choix et discernement. Elle consiste à ne pas remettre l'amitié en question, h ne plus lui demander de gages, et à tenir désormais pour non avenues les marques, vraies ou apparentes, de désaffection ou de moindre estime. Elle est le repos d'esprit qui suit la preuve. Elle est l'aveuglement produit par une vive lumière. Sa formule n'est point : credo quia absurdum, mais credo quia absurdum non credere. La foi la plus robuste n'est pas celle qui se montre entêtée et aveugle, et qui a pour mot d'ordre : Quand même ! C'est celle qui n'est traversée d'aucun doute, qui est également sûre de n'être point trahie par son objet, et de se maintenir elle-même sans défaillance, qui, en un mot, ne court et sait ne courir aucun risque. La confiance a son principe dans la raison, non dans la volonté. Mais, quand la raison a parlé, elle ne se répète plus; la preuve, une fois donnée, demeure acquise; la volonté maintient ce que le jugement a décidé; l'habitude prend la place de la réflexion 4. La confiance est donc la certitude de ne pouvoir être trompé, certitude établie naguère sur de bonnes raisons, et désormais assise et inébranlable.

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