‹ L'amitié antiqueChapitre 162 sur 194 · C'est la théorie de Descartes et de Pascal · texte numérisé non relu

C'est la théorie de Descartes et de Pascal

Cependant, au sens spéculatif et absolu, il n'est pas de certitude entière : toute pensée est sujette à l'erreur. Mais, si Ton ne peut éviter l'erreur, on peut la prévoir; on peut l'admettre comme possible, alors qu'on la sait improbable ; on en mesure alors les conséquences, et on est prêt à y remédier. On n'est pas trompé, quand on n'est trompé qu'autant qu'on a voulu l'être. La confiance mal placée n'est pas nécessairement une duperie, comme Socrate le fait entendre à Chérécrate, brouillé avec son frère Chéréphon. Pourquoi doutes-tu, lui dit-il, des bons sentiments de ton frère? Que risques-tu à croire en lui? « De montrer que tu es un bon et tendre frère, et qu'il n'est qu'un mauvais cœur, indigne de tendresse 4. » Ainsi, dans le doute, la confiance est encore le meilleur parti.

C'est aussi le plus heureux et, si l'on ose dire, le mieux avisé, le plus adroit. La confiance en effet est communicative. Ceux à qui nous nous fions se feraient scrupule de nous tromper, et ce sont les soupçons injustes qui provoquent les trahisons2.

«Je connais ton frère, dit encore Socrate à Chérécrate î quand il verra que tu le provoques à une lutte de générosité, il voudra te surpasser, et te faire plus de bien en paroles et en actes que tu ne lui en auras fait3. »

Mais mettons les choses au pire. Supposons que, contre toute attente, un ami se montre indigne de notre confiance ; ce serait un moindre mal que de n'avoir pas cru en lui. Celui qui n'a en amour que de nobles sentiments peut consentir à être dupe; « il est beau d'être » ainsi « trompé '' ». Nous avons toujours le temps de réparer notre erreur et de rompre avec des amis reconnus indignes.

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