‹ L'amitié antiqueChapitre 165 sur 194 · V. supra, p · texte numérisé non relu

V. supra, p

« des ennemis acharnés que des amis doucereux; les uns disent souvent la vérité; les autres, jamais». La franchise est une obligation et un droit. Ce droit, on est tenu d'en user ; mais on ne doit en user pourtant qu'avec discrétion et mesure. On doit avertir ses amis de leurs fautes, mais sans amertume; on doit leur adresser des reproches, non les offenser ; on doit leur parler « avec franchise, sans dureté ». Si notre devoir est d'être franc envers nos amis, le leur est d'autoriser notre franchise. Ils doivent prendre en bonne amiiié les reproches que nous leur adressons avec bienveillance. Il est d'ailleurs absurde qu'on soit sensible aux reproches, au lieu de l'être à la faute reprochée. C'est une grande faiblesse d'aimer la flatterie. La flatterie n'a de prise que sur celui se flatte lui-même. On a tort, non seulement d'y recourir, mais delà bien accueillir '.

Plutarque définit la franchise, dit comment elle doit être pratiquée, à quelle occasion et dans quelles dispositions doivent être celui qui en tient le langage et celui qui l'entend.

Être franc, ce n'est pas avoir le courage de déplaire, c'est plutôt savoir faire aux autres les reproches ; c'est se tenir aussi loin de la dureté que de la complaisance ; ce n'est pas prendre une liberté, mais remplir un devoir, et le remplir à propos, avec un art discret et une ferme douceur.

La franchise n'est pas permise à tous ni envers tous. Celui-là seul a le droit de nous blâmer, qui n'a pas contre nous de griefs personnels et ainsi ne mêle aux reproches qu'il nous adresse ni mépris ni colère. C'est pourquoi Agamemnon ne put supporter les reproches d'Achille, si modérés qu'ils fussent, et laissa passer les invectives bien plus fortes d'Ulysse. Un ami ne se plaindra donc jamais de son ami, mais il lui reprochera ses fautes envers d'au-

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