Plutarque, le Fiait, et l'ami, ch
2. Aulu-Gelle, loc. cit. : d <5a frorfiiiv toi ç:Xw r.apct zo oîxatov xai [xéypt r.ôaov xai t.qXo.. Cicéron énonce la même question en termes plus vagues, De Amie, xi : Quatenus amor in amicitia progredi debeal.
3. Ibid... is in docendo non de unoquoque facto singillatim existimat, neque certis exemplorum documentis, sed generibus rerum summatim uniuersimque ulilur.
4. Aulu-Gelle, Nuits ait., I, 3. Usée laliaque Theophrastus, caulè et sollicité et reliogiosè, causa disserendi magis disputandique diligenlia, quam cum decernendi sententia atque fiducia, disseruit.
CASUISTIQUE DE L AMITIÉ $ïil
les mots, sur la hiérarchie des genres; on compare la valeur réelle des choses l.
Sans doute, toutes choses égales d'ailleurs, l'honnôle l'emporte sur l'utile; mais je ne puis hésiter entre ce qui est grandement utile à mon ami et ce qui entache fort peu mon honneur. C'est ainsi qu'un grand poids d'airain a plus de prix qu'une mince lame d'or. Quanta décider de ce qui est, dans l'ordre du devoir, important et accessoire, on ne le peut quelquefois qu'à l'aide de considérations tirées du dehors, qu'en tenant compte des nécessités du moment, des circonstances; toutes choses « qu'il est difficile d'enfermer en des maximes », et qui rendent les règles morales tantôt obligatoires, tantôt vaines2. Ainsi, en posant que l'amitié nous relève, en certains cas, de l'obligation d'être justes, Théophraste n'exprime pas, comme Chilon ou Gorgias, une opinion de rencontre, il fait l'application d'une doctrine suivie et cohérente, il part de ce principe que la casuistique est toute la morale.
A la doctrine de Théophraste se rallie le philosophe Favorinus. disciple d'Epictète. Il prétend que « ce qu'on appelle parmi les hommes la sympathie consiste à se relâcher à l'égard des amis de l'exacte rigueur du droit3 ».
La thèse contraire du rigorisme en amitié a été soutenue par Cicéron et Plutarque.
« Il est également contre le devoir, dit Cicéron, de ne pas
1. Aulu-Gelle, Nuits ail., 1, 3 : Neque nominibus moveri nos oportel, quod paria génère ipso non sunt honestas meie famœ et rei amici utilitas. Ponderibus hœc enim polestatibusque prœsentibus, non vocabulorum appellationibus neque dignitalibus generum dijudicanda sunt.
2. Ibid. Has et parvitales rerum et magnitudines, atque fias omnes officiorum existimaliones alia nonnunquam momenla extrinsecus atque alise quasi appendices personarum et causarum et temporum et circumstantiœ ipsius necessitalis, quas includere in prœcepta difficile est, moderantur et regunt, et quasi gubernant, et nunc ratas efficiunt, nunc irritas.
3. Aulu-Gelle, Nuits att., I, 3 : 'H xaXoujj.ivT) yiptç rcapà toi; àvQpw- ^ot? èoït'v 'jçsaiç àxptSsÔôa; |v oiovti.
faire pour ses amis tout ce qu'on peut, dans les limites de la justice, et de faire pour eux plus qu'on ne doit. » Mais Cicéron n'est ni un pur moraliste, ni un moraliste conséquent. Il voit surtout que le droit de tout faire pour ses amis met l'État en péril, et il place l'intérêt de la patrie avant les intérêts supérieurs de La morale. En effet, il admet qu'on oublie en faveur de l'amitié ce qu'on doit à la justice, non ce qu'on doit à son pays.
Les fauteurs de troubles, les'agitateurs du peuple (les Gracques), les traîtres à la patrie (Goriolan) ne sont dangereux que parce qu'ils ont des amis, et des amis prêts à faire tout ce qu'ils leur commandent. On demandait à Blossius de Cumes, ami de Tibérius Gracchus : Si Tibérius t'avait commandé de mettre le feu au Gapitole ?
— « Jamais, répondit-il, il ne me l'aurait commandé. — Si pourtant il l'avait fait? — Je lui aurais obéi. » C'est là « une parole impie » (nefaria vox). « On n'est point excusé de mal faire, si c'est par amitié qu'on fait mal; car, la raison de se lier avec quelqu'un d'amitié étant qu'on le croit bon, il est difficile de rester son ami, s'il s'écarte du devoir *. »
Il n'est pas juste que nous obtenions de nos amis tout ce que nous voulons; nous ne devons pas davantage leur accorder tout ce qu'ils veulent, car alors les amitiés ressembleraient à des complots 2.
Il ne faut pas que « la complicité des méchants se couvre du prétexte de l'amitié », il ne faut pas que « l'on se croie autorisé à suivre son ami, même lorsqu'il prend les armes contre sa patrie ». « Posons donc cette double loi : ne rien demander à ses amis et ne rien leur accorder qui soit contre l'honneur... Demander à ses amis tout ce que l'honneur permet qu'on demande, et leur accorder tout ce que l'honneur permet qu'on fasse3 ».