Cicéron, De Amie, XII, xvn
CASUISTIQUE DE lAlWITlÉ 258
Cicéron, dans le De Officiis, précise le sens de celte règle et fixe la limite de ce qu'on peut et de ce qu'on doit accorder à l'amitié : on fera à ses amis le sacrifice de ses intérêts, non de son devoir.
Rien de ce qui paraît utile, comme les honneurs, les richesses, les plaisirs et les autres choses de cette espèce, ne doit en aucun cas prévaloir sur l'amitié. Mais sacrifier à ce sentiment l'intérêt public, le serment, la probité, c'est ce que l'honnête homme ne fera jamais, eût-il à juger cet ami lui-même, car il dépouille le caractère d'ami en revêtant celui déjuge... Lors donc qu'en amitié ce qui semble utile se trouve opposé à ce qui est honnête, il faut que l'utilité prétendue succombe, et que l'honnêteté l'emporte. Mais, quand nos amis nous demanderont des choses qui ne sont pas honnêtes, la religion et l'équité devront passer avant l'amitié1.
Ainsi, c'est d'abord en politique que Cicéron s'inquiète des violations du droit, commises au nom de l'amitié, mais c'est par des raisons morales qu'il les réprouve et les flétrit-
Toutefois il établit une distinction grosse de conséquences : celle de l'amitié parfaite et de l'amitié vulgaire.
Il n'a parlé jusqu'ici que de la seconde 2. La première a ses lois à part. 11 semblerait que par définition elle dût se renfermer exactement dans les limites de la justice; au contraire, elle les franchit, et c'est là son privilège.
Je crois, dit Cicéron, qu'il faut poser cette règle : qu'entre les amis, lorsque leur caractère est honnête, toutes choses sans exception soient communes : desseins, volontés; et, s'il arrive que de tels amis forment des desseins moins justes, pour défendre leur vie, leur honneur, il faut leur venir en aide et s' écarter an peu du droit chemin, pourvu qu'ainsi on ne se couvre