Flatteur el ami
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d'injustice, commis au profil de l'amitié, mais il a paru plus difficile de justifier de tels actes en général. Théophraste Ta essayé pourtant, non d'ailleurs sans d'importantes réserves. La lente acquisition de cette vérité morale, que l'amitié doit s'exercer seulement dans les limites du droit, ou, en d'autres termes, qu'il faut préférer le droit des autres hommes à l'intérêt de ses amis, la tendance à exagérer les devoirs de l'amitié attestent le prix que l'antiquité attache à ce sentiment et la valeur morale qu'elle lui attribue.
B. — Les devoirs de l'amitié dans les circonstances particulières : la prospérité et Vadversité. — La séparation ou Vabsence. — L'inégalité des amis.
En traitant des devoirs de l'amitié, on a supposé des amis vivant dans des conditions ordinaires. Ces devoirs changent de nature, quand les amis sont placés dans des circonstances particulières, par exemple, quand ils vivent séparés, quand l'un est heureux, l'autre malheureux. Le détail de ces circonstances serait infini; nous laisserons de côté la casuistique romanesque, dont le Toxaris de Lucien offre un spécimen curieux; nous ne rechercherons pas ce que devient l'amitié dans des circonstances exceptionnelles, rares, inventées à plaisir. 11 suffira de dire quels changements elle subit dans l'adversité et la prospérité, dans l'absence, ou par le fait de l'inégalité des amis.
a). — Dkvoiks envers les amis heureux et malheureux.
La prospérité ou l'adversité des amis intéresse à un double titre le problème de l'amitié : elle influe sur l'origine et le déclin des amitiés, et elle change la nature de l'affection.
CASUISTIQUE DE l'àMITIÉ 257
La fortune, semble-t-il, devrait être étrangère à la formation et à la durée des amitiés. « Sois le même pour tes amis, dit Périandre, qu'ils soient heureux ou malheureux *. » En fait pourtant, la condition de nos amis ne nous est pas, ne peut pas nous être indifférente; en un sens, Je bonheur ou le malheur nous attache à eux et, si le devoir nous commande de les aimer également, en toutes les conditions, il ne nous commande pas de les aimer de la même manière.
La vertu, dit Épictète, ressemble à la baguette de Mercure, qui change toutes choses en or : la bonne et la mauvaise fortune sont également pour elle une condition de mérite. L'amitié de même trouve toujours à s'exercer ; elle tire parti de toutes les circonstances. La pauvreté ne la rebute point : c'est parce qu'ils sont pauvres qu'Archédème et Hermogène sont recherchés comme amis, et Criton a d'autant plus besoin d'amis qu'il est plus riche. Suivant Socrate, l'amitié se fonde sur l'intérêt et est également avantageuse à ceux qui sont dans la prospérité et dans le malheur.
Suivant Aristote, tous les hommes ont besoin d'amis, mais non au même degré ni dans le même sens. Ainsi, c'est par générosité ou beauté d'âme que ceux qui sont heureux ont besoin d'amis : ils cherchent l'occasion d'être utiles et de faire du bien ; et c'est par intérêt que les malheureux cultivent l'amitié : ils veulent être secourus. Tandis que Socrate fait surtout ressortir les avantages matériels de l'amitié en général, Aristote dégage le caractère moral de l'amitié intéressée elle-même. Ainsi les malheureux, dit-il, n'implorent pas seulement une aide, un appui; ils ont besoin d'affection, ils goûtent la douceur d'être aimés. « Dans le bonheur et dans le malheur, la seule présence des amis est une joie 2. »