Élh. Nie., VIII, vi, vm, xm, xiv. — IX, i, il, vu, xu
2. Diogène Laerce, Vie de Pythagore, VIII, 1, 8. zlr.i te rcpùkoç xoivi xà tôSv «ptXojv ctvat xai çiXt'av îaÔT7)ta. — Platon, Lois, VI, 757, A : jcaXaiô; Xô^oi, àXrjÔTjî &v, &; IoÔtoç ?iXÔTT)Ta à^jp^àÇetat. — Aristote, Élh. Nie, VIII, v. XI-fêTa'.... çtXÔTTjç î] {«ôttjî.
voir de l'amitié de faire disparaître ou de rendre non avenues les inégalités de rang, de condition et, en général, toutes celles qui dépendent des circonstances extérieures. Qu'importe, en effet, si l'un des amis est riche, l'autre pauvre, si l'un donne et l'autre reçoit? Celui qui, en retour de bienfaits reçus, m'accorde son amitié est quitte envers moi: il me rend bien plus que je ne lui ai donné, et il a droit à ma reconnaissance et à mon amour. « Ainsi l'amitié peut exister entre les personnes les plus inégales, car elles deviennent égales par le seul fait de l'amitié l. » Quand les amis sont appelés des égaux, il faut entendre des égaux par le cœur.
Mais, si l'amitié fait justice des inégalités apparentes, comme celle de la fortune, comment s'accommode-t-elle des inégalités réelles, comme celle du mérite? Les amis, dont l'un est moralement supérieur à l'autre, sont-ils réellement égaux par l'amour qu'ils se portent? Aristote dit que les amis doivent être traités selon leur mérite et qu'ainsi le meilleur doit être aimé davantage. Cependant la supériorité ne saurait être le privilège d'aimer moins, puisque « la vertu propre des amis, c'est d'aimer ». Le meilleur, au contraire, par sa nature même, sera le plus aimant.
Rigoureusement, ce qui fait l'amitié entre deux amis, c'est ceci : d'une part, le supérieur aime d'autant plus qu'étant meilleur, il agit d'une manière plus parfaite, et il doit être aimé d'autant plus qu'étant meilleur, il est digne de plus d'amour; mais, d'autre part, l'inférieur aime d'autant pi us qu'il doit en effet aimer davantage, et lui-même est aimé d'autant plus que son ami est excellent. Chez l'un, l'excellence môme de la nature et delà vertu, qui le porte à aimer davantage; chez l'autre, le sentiment de ce qui est dû à cette excellence, qui le porte également à aimer beaucoup, comblent la distance qui les séparait, et leur commun amour les rend égaux2.