Épictète, Entr., III, xxiv. — Sénèque, Ép. 9 ; Ép
En résumé, la séparation n'est pas un mal : telle est la thèse paradoxale du stoïcisme. A l'appui de cette thèse, Sénèque invoque, en dehors des arguments d'école, des raisons humaines et touchantes. Mais d'abord il lui arrive de reconnaître que la présence des amis est un bien.
Il nous vient de la joie de ceux que nous aimons, même lorsqu'ils sont loin de nous ; mais cette joie est faible et vaine. La vue, la présence et la conversation ont un charme vivant, surtout si l'on ne voit pas seulement la personne qu'on veut, mais si on la voit telle qu'on veut1.
Cependant on doit se consoler de l'éloignement des siens. L'absence ne peut être regardée comme un mal, tant elle est habituelle et commune. Les amis ne sont-ils pas séparés à toute heure par la diversité de leurs occupations, de leurs goûts personnels ? Ils restent sans se voir toutes les nuits, ils se quittent pour aller à la campagne. Mais à la distancedes lieux ne répond pas l'éloignement du cœur. On n'est pas séparé de ses amis, quand on garde leur souvenir.
Tout en ne voulant pas avouer que la séparation est un mal, les Stoïciens s'exhortent à la supporter; leur fermeté d'âme n'a que les apparences de la dureté. Interprétées par les derniers Stoïciens, les maximes de l'École cessent de paraître inhumaines; les paradoxes d'une raison orgueilleuse se changent en vérités psychologiques, finement analysées. Ainsi Sénèque se borne à combattre cette opinion que les regrets et les larmes seraient la preuve d'un attachement vrai; il s'y mêle parfois, dit-il, de l'amourpropre et du remords. On pleure en effet par ostentation et pour se faire honneur de ses larmes. Nemo sibi tristis est. Ceux qui ne peuvent se consoler de la mort de leurs amis ont souvent aussi à se reprocher de n'avoir pas su les