De Fin., I, xx
comme la sagesse, que dans l'absolu, et une amitié imparfaite, mais réelle, qui s'accommode d'une vertu relative et humaine. Entre les deux il faut choisir et Sénèque n'hésite pas :
« Je ne te prescrirai point, dit-il, de ne rechercher et de n'agréer d'autre ami que le sage; où le trouveras-tu, en effet, depuis tant de siècles qu'on le cherche? A défaut de l'homme parfait, ayons pour amis les moins imparfaits. »
Sans doute, on souhaiterait de vivre à une époque héroïque, d'être le contemporain et l'ami d'un Socrate, d'un Platon. Mais il faut bien se résigner à être de son temps. « Aujourd'hui qu'est si grande la pénurie des gens de bien, il faut être moins dédaigneux dans le choix de ses amis l. »
Si un Stoïcien, comme Sénèque, relègue ainsi dans l'abstrait les vertus du sage, Cicéron, qui s'inspire du Stoïcisme, sans être enrôlé dans la secte, prend parti plus nettement encore pour l'amitié vulgaire. En effet, il entend laisser au Portique ses ronces et ses épines, c'est-à-dire ses subtilités de langage, ses exagérations, ses paradoxes. Il n'a aucun goût pour la logique pure et les théories absolues. Il ne rêve donc point une amitié idéale, ni une vertu parfaite. Il raille la « sagesse » stoïcienne, dont il n'y a point d'exemple : il tient pour suffisamment « sages » les héros de l'ancienne Rome, un Fabricius, un Curius, un Coruncanius ou même ses contemporains : les Pauls, les Gâtons, les Gallus, les Scipions, etc.; il croit qu'on ne gagne rien à exalter la vertu en termes magnifiques, qu'on la rend seulement « odieuse et incompréhensible » ; il en parle lui-même « familièrement » (pingui Mincrvâ), non à la façon des philosophes, mais à celle du vulgaire.
Dès lors, les amis qu'il a en vue ne réalisent pas la perfection, ne sont pas des sages, mais ils existent : ce sont de « ces amis que nous avons sous les yeux, que nous