‹ L'amitié antiqueChapitre 187 sur 194 · De Tranqaillitate animi, VII · texte numérisé non relu

De Tranqaillitate animi, VII

voyons, dont nous avons entendu parler, tels qu'il s'en rencontre dans la vie ordinaire ». Ils se rendent aimables par leurs vertus, mais leur « bonté est à la portée de tous », elle « n'est point orgueilleuse et farouche ». Ils ont des sentiments humains; ils ne sont pas au-dessus de la joie et de la tristesse, ils n'ont ni l'insensibilité du roc, ni la dureté du fer; leur vertu est « tendre et attaquable ». Ainsi le Stoïcisme porte la peine de son orgueil; la hauteur de son idéal décourage les âmes nobles qui lui échappent et se rejettent sur l'amitié vulgaire. Il subit encore une humiliation plus grande : il voit ses propres partisans entrer dans la voie dangereuse des accommodements. La casuistique s'impose donc à ceux qui la nient; le bon sens a sa revanche sur la raison hautaine ; il lui fait perdre son assurance et môme son crédit, il lui arrache des concessions, qui sont un désaveu l.

Ne reconnût-on d'autres amitiés que celles dont on trouve l'exemple dans la vie humaine, on devrait encore distinguer des amitiés banales et une amitié vraie. Ainsi il y a des amitiés de table, de jeu et de débauche, des amitiés intéressées : les mettra-t-on en regard des amitiés généreuses, fondées sur la vertu? L'amitié a bien des degrés, bien des nuances. « Tu m'aimes, écrit Sénèque à Lucilius, tu n'es pas mon ami. — Hé quoi? Ce n'est pas la même chose? — Non, rien n'est môme plus opposé2. » Qu'est-ce à dire sinon que reparaît toujours l'écart entre la sagesse, ou l'idéal conçu par la raison, et la vie humaine, faite d'aspirations trompées ! Mesurer cet écart, s'efforcer de le réduire, tel est l'objet de la casuistique.

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