I. — Les faits
« L'histoire, dit Taine, n'est que l'histoire du cœur; nous avons à chercher les sentiments des générations passées, et n'avons à chercher rien autre chose... La connaissance d'un sentiment héroïque nous donne la connaissance d'un âge tout entier 1. »
Les faits valent par l'état d'âme qu'ils traduisent : toute leur objectivité consiste en ce que l'historien en retrouve le sens vrai, en saisit l'exacte physionomie morale. Les institutions, les mœurs, tous les détails matériels du passé, auxquels on attache aujourd'hui tant de prix, paraissent éloigner de la vérité psychologique : en réalité, ils y ramènent par une voie indirecte, et d'autant plus sûre. Ainsi des institutions durables attestent des sentiments profonds. Si l'histoire est une science, elle n'a point pour objet des faits, mais elle remonte aux causes, c'est-à-dire aux sentiments, aux idées, dont les faits sont l'illustration et le symbole. Mais rien n'empêche que l'histoire n'étudie