‹ L'amitié antiqueChapitre 193 sur 194 · Sal., I, xi, v. 89 et suiv · texte numérisé non relu

Sal., I, xi, v. 89 et suiv

remplissent les devoirs qui découlent de leurs rapports naturels, ne le font pas de bon cœur, avec joie, en un mot, volontairement, mais en quelque sorte par obligation ou contrainte ; ils croient s'acquitter d'une tâche, ils ne jouissent pas de leurs rapports, ils ne les apprécient pas comme un bien, mais ils agissent comme par force et pour remplir leur devoir. Ce qui fait que l'amitié a tant de force, c'est que les charges en sont remplies volontairement. Où la volonté n'intervient pas, le lien entre les hommes est constitué par une relation naturelle, mais l'amitié constitue le rapport volontaire, qui est plus fort que le lien naturel, parce que la raison et la volonté sont au-dessus de la nature et rapprochent davantage de l'Un qui relie toutes choses £.

Ainsi l'amitié pénètre tous les sentiments. Les affections naturelles doivent se régler sur elle. Nous dirions aujourd'hui : « Il faut aimer son ami, comme on aime son frère, ses parents » ; les Anciens disaient : « Il faut aimer ses parents comme on aime ses amis. »

Si l'amitié est le modèle de toutes les relations qui existent entre les hommes, elle est particulièrement le modèle des relations sociales. Elle est le premier lien des sociétés; elle précède la justice; quand la justice naît, elle paraît d'abord contredire l'amitié, mais la forme supérieure de la justice, à savoir l'équité, est en réalité une justice complétée par l'amour. Aristotemontreque la meilleure solution des différends ou conflits, qui s'élèvent entre les hommes, est celle qui se tire des règles de l'amitié ; et peut-être, il n'a manqué aux Stoïciens, pour fonder la véritable théorie du droit, que de mieux connaître les lois de l'amitié ; leur sévère morale en eût été adoucie, et fût devenue plus véritablement humaine.

L'amitié se serait moins fortement emparée des âmes, si elle n'eût représenté une vertu. Elle n'est pas seulement le charme de la vie humaine, elle est un lien moral. Notre volonté, qui décide du choix de nos amis, décide aussi de

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