‹ L'amitié antiqueChapitre 20 sur 194 · Ép · texte numérisé non relu

Ép

La communauté de sentiments n'est pas l'accord des esprits (6|xoooçc'a), la reconnaissance d'une môme vérité scientifique par des personnes qui peuvent être étrangères l'une à l'autre; c'est l'accord des sentiments ou la sympathie, c'est l'entente morale, non intellectuelle. Elle porte « sur les choses d'ordre pratique l ». Aristote remarque finement que la communauté de sentiments existe à la seule condition que le sentiment, éprouvé par les amis, non seulement soit le môme, mais vienne de la môme source. Ainsi l'accord des sentiments n'esl qu'apparent entre les amants; ils ont bien tous deux le plaisir en vue, mais non le même; car le plaisir de l'amant est de voir l'aimé, et le plaisir de l'aimé de recevoir les hommages de l'amant. Au contraire, l'accord des sentiments est réel entre les personnes d'humeur enjouée, parce qu'elles goûtent ensemble le môme plaisir.

Si Aristote exige que la communauté de sentiments soit complète entre les amis, il entend pourtant cette communauté au sens large : elle est pour lui la simple conformité des caractères et des sentiments. Épicure et les Stoïciens ont de l'amitié une idée plus étroite : suivant eux, elle implique la conformité des croyances; elle consiste à partager, non seulement la môme vie et les mômes sentiments, mais la môme philosophie (xo ffuaç.iAoso-.pETv). Dans le langage épicurien, philosopher ensemble signifie poursuivre en commun le bonheur. S'associer pour être heureux, n'estce pas là justement la fin do l'amitié? Epicure lient pour amis tous les adeptes de sa doctrine et, par exemple, son esclave Mus qu'il affranchit; il ouvre à tous ses disciples sa maison, ses jardins; il nourrit pendant le siège d'Athènes ceux d'entre eux qui étaient restés auprès de lui. Il inscrit sur son testament ceux qui furent particulièrement dévoués aux intérêts de l'École :

Page 1