Éth. Nie. IX, vi
Qu'on prenne soin de Nicanor, comme nous avons fait, afin que ceux d'entre les partisans de notre secte qui mirent ieur fortune à notre disposition, qui nous montrèrent toujours de l'amitié et voulurent vieillir avec nous dans l'étude de la philosophie, ne manquent pas du nécessaire, si cela dépend de nous i.
D'autre part, il met à son amitié pour condition qu'on embrasse sa doctrine : il comble de bienfaits les fils de Métrodore et de Polyène; mais il exige d'eux qu'ils obéissent à son successeur Hermarchos, qu'ils vivent et philosophent avec lui; quant à la fille de Métrodore, elle sera aussi soumise à Hermarchos, elle acceptera le mari de son choix, et ce mari devra être épicurien. Dans l'amitié entre donc l'esprit de secte; les amis doivent avoir la même foi philosophique.
Les Stoïciens ne sont pas moins exclusifs.
S'aimer, selon eux, c'est être en conformité d'idées, c'est penser de la même manière (ô;j.ovo£ïv) : amour rationnel plutôt que volontaire... Quelqu'un dità Épictète dons les Entretiens : « Ma mère pleure lorsque je la quitte. » Lpictèle lui répond: « Pourquoi n'est-elle pas instruite dans nos principes ? » — « La seule chose, s'il y en a une, dira Marc-Aurèle, la seule chose qui pourrait nous l'aire revenir et nous retenir dans la vie, c'est s'il nous était accordé de vivre avec des hommes attachés aux mêmes maximes que nous2. »
L'amitié serait donc également, pour les Stoïciens et les Épicuriens, une communauté de doctrines. La distinction, établie par Aristote entre l'oaoWa et l'otj.oSo^a, semble ici méconnue. On remarquera sans doute que les croyances communes, sans lesquelles on dit qu'il n'y a point d'amitié possible, portent sur les questions morales plutôt, que philosophiques et ainsi sont liées directement à notre façon de sentir, à notre caractère; elles sont, en un mol, une