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et ses enfants ; il n'a rien, dit-il, à recommander à leur sujet. C'est Criton qui prend soin de l'ensevelir et, après sa mort, ce sont ses disciples, Xénophon et Platon, qui défendent sa mémoire.
On est tenté d'expliquer par des circonstances exceptionnelles des mœurs originales. Une école organisée en hétairie, un maître qui est l'ami de ses disciples, des disciples se venant en aide dans le besoin, il a fallu, dit-on, un Socrate pour produire ce miracle. El, si le miracle s'est déjà produit et se renouvelle, c'est à Pythagore, c'est à Épicure qu'on l'attribue encore. Sans doute l'amitié des Socratiques dérive pour une bonne part de l'attrait exercé sur eux parla personne de leur maître. Pourtant Socrate, ce grand maître en amour, qui se vantait de posséder des philtres et des enchantements, nous a livré, comme on verra, le secret de son art, et cet art est iout humain : il récolte l'amitié en semant les bienfaits. Il a fait de son École une famille, il a créé entre ses disciples des liens d'affection, parce qu'il n'a pas seulement prêché la vertu, mais qu'il a organisé déjà la charité, comme il ressort des Mémorables, cet Evangile socratique, où sont rapportés fidèlement la vie et les entretiens du maître. Le cadre étroit de ia cité grecque se prêtait d'ailleurs à la formation de ces ligues amicales, fondées sur la communauté des intérêts et des services. Pour que des hommes, aussi divers d'âge Criton et ses fils), d'esprit et de caractère (Aristippe, Antisthène) que les auditeurs de Socrate, pussent former une école, il fallait qu'il existât cidre eux un autre lien que celui de la communauté des doeirines, à savoir un lien d'amitié. L'amitié s'est donc développée au sein des écoles et en même temps elle a servi à constituer les Écoles.
Si l'on passe de Socrate à Epicure, on voit se fortifier encore les liens d'amitié entre les disciples d'un même
maître. Socrate a fondé une école libérale, sans formules et sans dogmes, qui compte un Xénophon et un Platon, un Aristippe et un Àntisthène. Il a fondé aussi une libre hétairie, dont les membres ne sont liés par aucun engagement. Epicure, d'une part, rédige un formulaire de croyances; de l'autre, il organise et réglemente riiétairic. Il méconnaît la liberté philosophique et le droit pour les cœurs de disposer d'eux-mêmes. L'amitié n'est, chez les Socratiques, qu'une pratique constante; elle devient, chez les Epicuriens, une institution et un rite.
Epicure réunit autour de lui ses disciples. « 11 possédait à Athènes, dit Diogène, un jardin qu'il avait acheté quatre-vingts mines ». « Ses disciples venaient à lui de tous côtés et passaient avec lui leur vie dans ce jardin, comme le rapporte Apollodore. » Il voulut qu'après lui « le jardin avec ses dépendances devînt la propriété de l'Ecole » et le lieu ordinaire de ses réunions. Il tenait tous ses disciples pour amis, et les traitait comme tels. « Le nombre en était si grand que des villes entières n'auraient pu les contenir * ». Il s'efforçait de faire tenir cette foule d'amis dans sa petite maison 2. Il nourrit même, pendant le siège d'Athènes, ceux de ses disciples qui étaient restés auprès de lui :;. Enfin, il enjoignait à ses disciples de se secourir dans le besoin, sans demander pourtant à chacun, comme Pythagore, de renoncer à sa fortune en faveur de tous. Sachant que, si l'amitié naît de l'intérêt, elle se maintient par l'habitude, il établit des réunions périodiques, des fêtes et des banquets commémoratifs. Les Epicuriens devaient célébrer, tous les ans, le dixième jour du mois Gamélion, l'anniversaire de la naissance de leur maître; le vingtième jour de chaque mois, ils devaient