Diogène Laerce, X
plus à la fréquentation d'Epicure qu'à son enseignement1; cela est vrai aussi dans une certaine mesure de tous ses disciples. C'est à l'imitation de leur maître que les Epicuriens ont été des amis dévoués.
L'histoire de l'hétairie épicurienne est liée à celle de l'Épicurisme. Ce n'est pas faire tort à Épicure, mais se référer à ses principes que de chercher s'il n'avait pas intérêt à organiser son école en hélairie. Il est clair que rien ne pouvait mieux assurer la perpétuité de la secte que la solidarité de ses membres. Epicure voulait que le bienfait de sa philosophie ne fût pas perdu, «il mourut, dit Diogène, en recommandant à ses disciples de garder le souvenir de ses enseignements. » 11 souhaitait qu'on restât fidéie à la lettre aussi bien qu'à l'esprit de ses doctrines, et il multipliait les traités, les manuels, les formules. Justement les disciples les plus orthodoxes ne sont-ils pas ceux; qui ont pour le maître un attachement de cœur et règlent leurs croyances sur le respect dû à sa mémoire? C'est ainsi peut-être qu'il faut expliquer l'xù-o; Izx [le maître l'a dit) des Pythagoriciens. Diogène se récrie sur les succès de l'Epicurisme, sur sa longue durée. Il faut l'attribuer surfout à l'esprit de secte, développé chez les Epicuriens par les institutions du maître. L'école d'Epicure n'a eu qu'un Judas : « c'est Métrodore de Stratonice qui passa dans le camp de Carnéade, accablé peut-être par le souvenir des bienfaits d'Epicure2. » L'esprit d'autorité est né: on nous présente une divergence de doctrines comme une trahison.
S'il est odieux de prétendre qu'Epicure ait fondé une société d'amis dans une pensée de propagande philosophique, il est vrai pourtant qu'un esprit de prosélytisme étroit ne lui est point étranger. Il établit dans son école
1. Sénèque, Ep., 6. Melrodorum e! Hermarchum et Polyœnum magnos viros, non schola Epicuri, sed coniubernium fecit.