Diogène Laerce, X, 16, i
une hiérarchie et une discipline. Il désigne son successeur Hermarchos et l'investit de pleins pouvoirs. Il prescrit à Amynomaque et à Timocrate, ses exécuteurs testamentaires, de se l'adjoindre comme « dispensateur du revenu de ses biens », de prendre son avis et de n'agir jamais sans son consentement. En son testament, il fait à Hermarchos la meilleure part, il lui lègue sa maison et tous ses livres. C'est à lui encore qu'il confie la garde et l'éducation des enfants de Métrodore et de Polyène. En créant entre ses disciples des liens d'amitié, en leur donnant un chef qui n'est pas seulement le dépositaire de ses doctrines, mais le dispensateur de sa fortune et le continuateur de ses bienfaits, Épicure a servi les intérêts de sa gloire, il a assuré l'avenir de sa secte. Tl a fondé du même coup une hélairie et une école, et les destinées de l'une et de l'autre sont intimement liées l.
L'amitié fleurit donc dans les écoles philosophiques. Elle naît de la fréquentation habituelle du maître et des disciples; quand elle est née, elle devient pour les Ecoles une condition d'existence. Elle fait leur homogénéité. L'union des âmes est plus grande dans l'École socratique que l'union des intelligences. Là même où une doctrine rencontre l'assentiment des esprits, il n'est pas indifférent qu'il se forme une ligue pour la défendre. Une école sera d'autant plus forte qu'elle sera une hétairie. Dans l'esprit de secte entre toujours pour une part le sentiment de l'amitié. De l'attachement à un maître dérive par exemple « l'ipsedixitisme* ». L'organisation en hétairies des écoles antiques a donc été une circonstance favorable, sinon essentielle, à leur développement.