‹ L'amitié antiqueChapitre 34 sur 194 · Xénophon, Mém., I, vi · texte numérisé non relu

Xénophon, Mém., I, vi

-la vertu a à cœur de la répandre ; il se met en quête des âmes qui peuvent recevoir la sagesse et il la leur communique, par amour pour elles et pour s'en faire aimer. Socrate « s'étonnait qu'on demandât de l'argent pour enseigner la vertu, et qu'on ne fût pas persuadé que l'acquisition d'un ami était le plus beau gain à réaliser * ». D'ailleurs, pour être efficace, l'enseignement de la vertu a besoin d'être suivi. Or, le Sophiste est « un étranger qui va dans les grandes villes i », faisant des leçons isolées. Il attire les curieux, il a des admirateurs, il n'a point de disciples. Il frappe et éblouit les esprits; mais il n'a pas sur eux une action durable et profonde. Tout autre est l'influence du •maître qui vit dans la familiarité de ses disciples et qui, par la conversation et la vie commune, les pénètre de son âme. Il gagne d'abord leur amitié et leur confiance; il reçoit leurs confidences, il devine leurs doutes. Il a la clef des intelligences qu'il doit ouvrir, parce qu'il entretient avec elles un commerce intime. Lui-même ne révèle sa science qu'à la longue. Il ne peut, être compris d'abord, et au premier mot : il rebuterait ses auditeurs par l'étrangeté et les détours de son langage, il les troublerait par ses contradictions; il faut qu'ils l'aient longtemps fréquenté et le jugent sur sa vie et l'ensemble de ses discours. Ainsi l'enseignement n'est fécond que par l'amitié du maître et des disciples. Bien plus, comme on ne communique pas aux autres la sagesse toute faite, mais qu'on la leur fait trouver, l'enseignement, c'est l'étude en commun, la collaboration du maître et du disciple. En cela, il se rapproche encore de l'amitié; en effet, c'est le propre des amis d'être également utiles, nécessaires l'un à l'autre. C'est aussi le caractère du disciple de ne pas profiter seulede l'instruction du maître, mais encore d'y aider. En ré-

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