Platon, Prot., 316 C
sumé, le vice de l'enseignement sophistique est d'exclure l'amitié; le mérite de l'enseignement socratique est de la maintenir et de s'appuyer sur elle.
Au premier abord, la question de l'enseignement salarié paraît devoir intéresser seulement la dignité du maître. . Les Anciens, considérant l'étude de la philosophie comme un « loisir » (<v.0^b otium), non comme un travail, devaient trouver malséant qu'un philosophe enseignât pour de l'argent; mais, si ce philosophe était pauvre, il leur semblait naturel qu'il vécût des secours de ses amis. Aujourd'hui nous pensons qu'il est de la dignité d'un homme de vivre de son travail et de ne point compter sur l'assistance de ses amis. Mais sommes-nous fondés à opposer notre point de vue à celui des Anciens ? Autant vaudrait leur reprocher leurs erreurs économiques d'où ce point de vue est né. Au reste, peut-être est-ce moins l'atteinte, portée à la dignité du maître par l'enseignement salarié, qui inquiète Socrate,, que la rupture des relations amicales de maître à disciple que cet enseignement entraîne. Il lui semble qu'il n'y a point, en dehors de l'affection, d'entière communication des âmes; il lui semble aussi que l'affection de ses disciples est. la vraie, la seule récompense du maître. Si l'on songe qu'il s'agit ici, non de l'enseignement en général, mais de l'enseignement de la vertu, on comprendra que Socrate n'ait point admis qu'il devînt une profession lucrative et qu'il ait souhaité qu'il restât un apostolat. Le sentiment qu'il éprouve à l'égard des Sophistes rappelle celui de Jésus chassant les marchands du temple. Sa conception originale, mystique, de l'enseignement philosophique le portait à voir dans la gloire et le gain qu'on en retirait une profanation. En somme, au point de vue inoral, Socrate a raison contre les Sophistes; l'hétairie est pour les Écoles philosophiques un mode d'organisation supérieur à celui qui existe parmi nous. L'erreur de Socrate est de n'avoir pas reconnu le salariat comme une nécessité économique.
Mais cette erreur est celle de son temps. Môme après lui, renseignement philosophique continue à vivre sans être rétribué, tirant ses moyens d'existence de la solidarité de ses membres.