Épictète, Entr., II, xx
l'amitié dans les institutions et les MŒURS 41
connaissance du bien. Epicure s'attache, de toute sa foi au bonheur, à faire agréer une doctrine qui doit nous délivrer de tous les maux et nous faire jouir de toutes les joies de la vie.
a) L'amitié, condition de renseignement.
L'enseignement ne dérive pas seulement de la sympathie; il doit encore à la sympathie ses moyens d'action, son succès, son efticacité. On instruit les autres parce qu'on les aime et on ne les instruit qu'en les aimant. Socrate se donnait pour l'amant de ceux qu'il voulait instruire; quand il ne songeait qu'à recruter des disciples, il disait qu'il donnait la chasse aux beaux jeunes gens. ï\"était-ce là qu'une agacerie innocente, qu'une ironie et une feinte, comme le prétend Alcibiade i ? Sans doute Socrate se moquait de ses amants, quand il vantait leurs charmes. Mais l'intérêt que lui inspiraient les natures élevées était réel et profond, et c'est là qu'il appelait, en plaisantant, ses amours. Il n'agréait pour disciples que ceux qu'il se sentait porté à aimer et lui-même n'était vraiment un maître que pour ceux qui l'aimaient. Un instinct, qu'il lui plaît d'appeler son génie, le guidait dans le choix de ses disciples-amis. « La puissance du génie, dit-il, s'étend jusque sur les rapports qu'on veut contracter avec moi : il y a des gens qu'il repousse, et eeux-là nev sauraient jamais tirer de moi aucune utilité; je ne puis même avoir avec eux aucun commerce. Il y en a d'autres, qu'il ne m'empêche pas de voir, mais sans qu'ils en soient plus avancés. Ceux qu'il favorise font de grands progrès en très peu de temps2. » Après avoir désigné à Socrate ses disciples, le démon l'avertit encore quand il doit leur par-