Platon, 7 héagès. 129 E
1er. Ainsi, Socrate a longtemps aimé Alcibiade sans lui témoigner son amour. « Le Dieu qui m'inspire, lui dit-il un jour, ne m'a pas permis de te parler jusqu'ici, et j'attendais sa permission *. » Comme l'amour ne se déclare que lorsqu'il espère être agréé, renseignement ne se donne que quand il est sûr d'être compris.
Que renseignement suppose l'amitié, que les relations de maître à disciple dérivent d'un mutuel attrait, c'est ce que répètent à l'envi tous les successeurs de Socrate. Platon, qui définit l'enseignement « une génération selon l'esprit », ajoute qu'il faut à l'âme, pour exercer sa fécondité, l'excitant de la beauté 2. En d'autres termes, on n'engendre que par amour. « Quand un mortel divin porte en son âme dès l'enfance les nobles germes des vertus et qu'arrivé à l'âge mûr, il éprouve le désir d'engendrer et de produire, alors il s'en va, cherchant de côté et d'autre la beauté, dans laquelle il pourra exercer sa fécondité; ce qu'il ne pourrait jamais faire dans la laideur. Pressé de ce besoin, il aime les beaux corps de préférence aux laids et, s'il rencontre une âme belle, généreuse et bien née, cette réunion en un même sujet lui plaît souverainement. Auprès d'un être pareil, il lui vient une foule d'éloquents discours sur la vertu, sur les devoirs et les occupations de l'homme de bien; enfin, il se voue à l'instruire 3 ». Les Grecs, comme on sait, croyaient qu'une affinité mystérieuse existe entre la beauté physique et la beauté morale, et ils confondaient l'une et l'autre dans une même adoration. On retrouve chez les austères Stoïciens eux-mêmes ce poétique préjugé que la beauté des jeunes gens est l'indice d'une belle âme. « Le sage aura de l'amour pour les jeunes gens dont la beauté révèle d'heureuses dispositions pour la vertu », disaient Zenon dans sa Politique, Çhrysippe dans son premier livre