‹ L'amitié antiqueChapitre 44 sur 194 · Entr., II, xxiv · texte numérisé non relu

Entr., II, xxiv

3. Cette pensée est admirablement développée par Marc-Aubkle, Pensées, XI, 18. « La bienveillance est invincible pourvu qu'elle soit sincère, sans dissimulation et sans lard ; car que pourrait te ïaire le plus méchant des hommes, si tu persévérais à le traiter avec douceur, si dans l'occasion tu l'exhortais paisibleanent et si tu lui donnais sans colère, alors qu'il s'efforce de te faire du maL, des leçons comme celle-ci : « Non, mon enfant, nous sommes nés l>our autre chose. Ce n'est pas moi qui éprouverai le ma!, c'est toi qui t'en feras à toi-même, mon enfant. » — Montre-lui adroite-

donc qu'autant qu'on les aime et qu'on s'en fait aimer. L'enseignement se réduit-il à un échange d'idées et de sentiments, que rendrai! seule possible la sympathie du maître et des disciples? Non; il est encore, et, dans certaines écoles, il est surtout une influence morale exercée sur les disciples par la personne du maître. Socrate, par exemple, agit moins par ses leçons que par l'exemple de sa vie : son caractère importe plus que ses doctrines. C'est un « charmeur » qui s'empare des âmes. On n'est pas son disciple, on est son ami. Ceux qui l'approchent sont transformés : sa présence fait des miracles. Platon rapporte dans le Théagès les paroles suivantes d'un certain Aristide :

Je vais te dire, Socrate, une chose qui paraîtra incroyable, mais qui est pourtant très vraie. Je n'ai rien appris de toi, comme tu le sais très bien. Cependant je profitais qnand j'étais avec toi; même quand je n'étais que dans la même maison, sans être dans la même chambre; et quand, dans la môme chambre, j'avais les yeux fixés sur toi, pendant que tu parlais, je sentais que je protitais plus que quand je regardais ailleurs; mais je profitais bien plus encore lorsque j'étais assis auprès de toi et que je te touchais l.

Si Ton prend à la lettre ce curieux passage, rien n'empêche d'y voir un cas de suggestion se produisant à distance, et devenant plus nette sous l'influence du regard et de l'attouchement. L'éducation n'est-elle pas la suggestion du bien? Socrate reconnaît qu'il y a des gens sur lesquels il n'a aucune influence ; ceux-là seraient les sujets renient, par une considération générale, que telle est la règle, que ni les abeilles n'agissent comme lui, ni aucun des animaux qui vivent naturellement en troupes. N'y mets ni moquerie, ni insulte, mais l'air d'une affection véritable, d'un cœur que n'aigrit point la colère; non comme un pédant pour te faire admirer de ceux qui sont là ; mais n'aie en vue que lui seul, y eùt-il là d'autres témoins. »

Page 1