‹ L'amitié antiqueChapitre 50 sur 194 · IV · texte numérisé non relu

IV

clée, et, après m'avoir donné envie de le connaître, tu me le présentais. Je t'en suis redevable, car il me paraît honnête homme. Le bien que tu m'as dit d'Eschyle le Phliasien, et que tu lui as dit de moi, ne nous a-t-il pas si étroitement unis qu'épris d'un amour mutuel, nous courons l'un après l'autre ? En voyant que tu peux faire cela, je juge que tu es un bon courtier (-coaywyd;). »

Ainsi l'entremetteur, ou bien ré vêle aux hommes le besoin qu'ils ont les uns des autres, ou bien les amène à s'apprécier, à se connaître et, dans les deux cas, les dispose à s'aimer.

Cependant son art n'est point infaillible. On peut toujours se méprendre sur la valeur des hommes : on risque, quelque soin qu'on prenne et quelque perspicacité qu'on ait, de mal placer sa confiance. C'est pourquoi Socrate veut qu'avant de contracter une liaison, on consulte les dieux, comme on doit toujours faire dans les « entreprises dont l'issue est incertaine { ». Mais, si le choix des amis a besoin d'être approuvé par les dieux, ce n'est pas seulement la preuve que ce choix est incertain, mais encore qu'il est important, et engage profondément notre vie; car on ne consulte les dieux que sur les événements graves et décisifs.

Quand on a choisi ceux qu'on recherche pour amis, il reste à gagner leur amitié. C'est laque l'art de l'entremetteur déploie toutes ses ressources. Cet art tient de la magie. Socrate, qui est y passé maître, se vante de posséder des philtres (cpi'XTpa), des enchantements («uoSaçi des sortilèges2 (tuyya). Ce qu'il appelle ironiquement la magie amoureuse se réduit à employer ces deux moyens infaillibles : l'éloquence persuasive et les bienfaits.

On ne prend pas les amis à la course, comme les lièvres, ni au piège, comme les oiseaux, ni surtout par la force,

Page 1