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l'amitié dans les institutions et les mœurs 55

les soins possibles, quand tu es malade, afin de te ramener à la santé, qui veille à ce que tune manques de rien et qui prieles dieux de te prodiguer leurs bienfaits, tu te plains de son humeur? Pour moi, je crois que, si tu ne peux supporter une telle mère, ce sont les bienfaits que tu ne peux supporter.

De même Chérécrate ne sait pas de quel bien il se prive en renonçant à l'affection de son frère; il ne croit pas non plus à la possibilité de rentrer en grûce auprès de lui. Socrate lui ouvre les yeux sur cette double erreur *.

L'art de négocier les amitiés est proprement une maïcutique. Il paraît habile de supposer déjà présent dans les âmes l'amour qu'on y veut faire naître. Mais, à vrai dire, la supposition n'en est pas une. Socrate pense, en effet, qu'il en est des sentiments comme des idées, qu'ils sont tous, amour ou haine, innés en nous. Ii n'est donc pas simplement adroit, il est encore juste et naturel, de faire appel à la bienveillance qui sommeille dans les cœurs. On n'a besoin, du reste, pour la susciter, que d'y croire. Qu'on ne craigne pas de faire des avances : outre qu'il est beau de donner l'exemple des bons sentiments et que, si cet exemple n'est pas suivi, on a la satisfaction et l'honneur d'avoir fait son devoir, il faut toujours espérer et croire, jusqu'à preuve du contraire, qu'un ardent appel à la bonté des autres sera entendu. Telle est la leçon que Socrate donne à Chérécrate, brouillé avec son frère :

« 0 mon ami, n'hésite pas, essaie d'adoucir ton frère, et il se rendra bientôt à tes avances. Ne vois- tu pas qu'il est un homme libre et qui aime à être recherché ? Si on s'attache les petites âmes avec des présents, on se soumet les âmes généreuses en les prévenant d'amitié ». Chérécrate répondit : « Si je fais ce que tu dis et qu'il n'en devienne pas meilleur. — A quoi t'exposes-tu? A montrer que tu es un bon et tendre frère, et qu'il n'est qu'un mauvais cœur indigne de ten-

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