‹ L'amitié antiqueChapitre 54 sur 194 · Mém., II, 9, 10. — II, m · texte numérisé non relu

Mém., II, 9, 10. — II, m

dresse. Mais non, je ne crois pas qu'il arrive rien de semblable. Quand il verra que tu le provoques à ce combat, il s'efforcera de te vaincre en générosité i. »

Socrate use de la même méthode auprès de Gallias, amant d'Aulolycos : il l'engage à donner à sa passion une forme pure et élevée; et, ayant tracé une belle peinture de l'amour céleste, il lui dit :

C'est de cet amour que tu semblés possédé, Callias; je le présume ainsi, quand je songe à l'honnêteté de ton ami, et quand je vois que tu l'entretiens avec lui, en présence de ton père. Quand on n'a rien, en effet, à cacher à son père, c'est qu'on est chaste dans son amour. — Par Jupiter, s'écria Hermogène, je t'admire à plus d'un titre, Socrate ; mais surtout, parce qu'en flattant la passion de Callias, tu lui apprends ce qu'il doit être 2.

La maïeulique de l'amour a un double caractère: elle est honnête et habile. Elle repose sur une foi optimiste en la nature humaine : Socrate part de celle idée que les hommes sont naturellement enclins à la bienveillance et à l'amour. Mais il sait qu'il faut aider réclusion des beaux sentiments, et il s'y emploie avec beaucoup d'art. Il sait que les personnes les plus sages, les mieux disposées à recevoir les avis, soulï'rent pourtant dans leur amour-propre d'avoir à les entendre. Aussi, pour compatir aux faiblesses de la vanité, il s'efforce de laisser à ceux qu'il conseille l'illusion de croire qu'il entre dans leurs desseins et approuve leur conduite ; il évite de dicler aux autres leur devoir et de leur faire la loi; il les sollicite seulement à bien penser et à bien agir. Il est donc un diplomate rusé ; mais il est surtout un grand cœur. Il entraîne les âmes par la chaleur communicative de sa parole ; il leur inspire la foi et l'élan des grands sentiments ; il arrache à un de ses auditeurs ce cri d'admiration : « Par Jupiter,

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