Xt)NO»iiON, Banq., VIII
Socrate, tu me parais homme de bien i ! » Aleibiade a dit les effets de son éloquence.
En l'écoutant, je sens palpiter mon cœur plus fortement que si j'étais animé de la manie dansante des Corybantes ; ses paroles font couler mes larmes, et j'en vois un grand nombre d'autres ressentir les mêmes émotions. Périclès et nos autres bons orateurs, quand je les ai entendus, m'ont paru sans doute éloquents, mais sans me faire éprouver rien de semblable. Toute mon àme n'était point bouleversée, elle ne s'indignait point contre elle-même de se sentir dans un honteux esclavage, tandis qu'auprès du Marsyas que voilà, je me suis souvent trouvé ému au point de penser qu'à vivre comme je fais, ce n'est pas la peine de vivre. 11 me faut malgré moi m'enfuir bien vite, en me bouchant les oreilles, comme pour échapper aux Sirènes, si je ne veux pas rester jusqu'à la fin de mes jours à la même place auprès de lui. Pour lui seul au monde, j'ai éprouvé ce dont on ne me croirait guère capable, de la honte en présence d'un autre homme. Il est en effet le seul homme devant lequel je rougisse. J'ai la conscience de ne pouvoir rien opposer à ses conseils, et pourtant de n'avoir pas la force, quand je l'ai quitté, de renoncer à l'entraînement de la popularité; je le fuis donc; mais, quand je le revois, j'ai honte d'avoir si mal tenu ma promesse, et souvent, j'aimerais mieux, je crois, qu'il ne fût pas au monde; et cependant, si cela arrivait, je suis bien convaincu que j'en serais plus malheureux encore, de sorte que je ne sais comment faire avec cet homme-là 2.
Le fait d'avoir inspiré à Aleibiade une affection si vive et un respect si grand indique, à lui seul, plus clairement que tout ce qu'on peut dire, à quel point de perfection Socrate avait porté l'art d'inspirer l'amour. Il est vraiment sous ce rapport un magicien, un enchanteur. L'art qu'il a institué sous le nom de aas-rpoTcsia est celui qui nous fait le mieux pénétrer la nature de son génie.
L'éloquence, si grand que soit son pouvoir, est cependant