‹ L'amitié antiqueChapitre 61 sur 194 · Cf. Girard, V Education athénienne, p. 7tj · texte numérisé non relu

Cf. Girard, V Education athénienne, p. 7tj

relève en principe la condition de la femme; mais il est lui-même un de ces maris indifférents auxquels il parle ainsi : « Est-il quelqu'un à qui tu confies plus d'intérêts sérieux qu'à ta femme? — Personne. — Est-il quelqu'un avec qui tu aies moins de conversation qu'avec ta femme? — Presque personne i. » Il passe les journées hors de sa maison, entouré d'amis; la présence de sa femme lui est importune; il l'éloigné de lui à ses derniers moments, pour s'épargner une scène de larmes et pour mourir « avec de bonnes paroles » (ev eucpr,[xia). « Après qu'il fut sorti du bain, on lui apporta ses enfants, car il en avait trois, deux tout jeunes et un qui était déjà assez grand, et on fit entrer les enfants de sa famille. Il leur parla quelque temps en présence de Criton et leur donna ses ordres; puis il fit retirer les enfants et les femmes et revint nous trouver2 ». On a beaucoup vanté la patience conjugale de Socrate : elle est faite en grande partie d'indifférence et de dédain. Xanthippe ne compte pas aux yeux de son mari : elle peut s'abandonner à sa nature violente, le philosophe est trop détaché d'elle pour s'émouvoir des éclats de son humeur fâcheuse et pour s'en offenser. Quelle s'attendrisse et pleure sur sa mort, il ne le remarque même pas, alors qu'il est touché de la bonté inattendue que lui témoigne le serviteur des Onze. Sans doute, l'union de Socrate cl de Xanthippe ne peut êlre prise pour type du ménage antique; elle en accuse pourtant le vice capital, qui est l'absence de vie commune et d'intimité.

L'échange des idées était plus rare encore chez les époux que l'échange des sentiments. La femme était regardée, intellectuellement, comme inférieure à l'homme et on dédaignait de l'instruire. Socrate, pourtant, risqua le paradoxe de l'égalité des sexes. Témoin de l'adresse d'une

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