‹ L'amitié antiqueChapitre 62 sur 194 · Phédon, 116 B · texte numérisé non relu

Phédon, 116 B

danseuse, il s'écrie, dans le Banquet de Xénophon : « La femme ne le cède en rien à l'homme; elle n'a besoin que d'un peu plus de force et de vigueur d'esprit; ce qui devrait engager ceux d'entre nous, qui ont des femmes, à leur enseigner ce qu'ils voudraient qu'elles sussent !. » Mais Antisthène relève ce mot : il remarque justement que Socrate lui-même n'a rien fait pour instruire Xanthippe, et que sa femme est peut-être la seule personne au monde à laquelle il ait épargné ses avis, pour laquelle il se soit relâché de son zèle d'apôtre. Ainsi, une indifférence complète existe entre les époux; le mari tient sa femme en dehors de sa vie morale, il n'en fait pas sa confidente ni son amie.

C'est que le mariage n'était point « l'union de deux personnes qui se convenaient et qui voulaient s'associer pour le bonheur et pour les peines de la vie ». Il avait un caractère essentiellement religieux : son but était d'assurer la perpétuité de la race et la continuité du culte domestique. C'est ce qu'indique la formule sacramentelle: Tiai'otov lîr'apÔTw Yvr,<jtwv, ducere uxovem llberorum quœrendorum causa2. Dans la suite, le mariage s'est recommandé encore par des considérations d'ordre politique (lois contre le célibat). Mais il ne semble pas être jamais apparu aux Anciens comme une condition de bonheur privé. L'idée ne leur est pas venue qu'il pût être ce qu'était pour eux la vie publique, à savoir, le genre de vie le plus naturel à l'homme, le plus conforme à son développement moral, le plus élevé et le meilleur. Ils en excluaient le charme, ils ne pensaient pas qu'il dût être inspiré par l'amour, même réduit à l'attrait physique 3. Cette conception du mariage, çn dehors de l'amour, aura pour conséquence le dévelop-

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