‹ L'amitié antiqueChapitre 64 sur 194 · Denis, Théories morales dans l'antiquité, t. I, p · texte numérisé non relu

Denis, Théories morales dans l'antiquité, t. I, p

3. Écon., ch. vu. Le point de vue économique, signalé ici, se marque par exemple dans le trait suivant, souvent cité et rarement compris : « Une des fonctions de ton sexe qui te plaira peut-être le moins, dit Ischomaque, sera de donner tes soins ii ceux des domestiques qui tomberont malades. — Que dis-tu ?

Dugas. Amitié. 5

trouve que la condition d'un ménage prospère, c'est que la femme ait la haute main dans la maison, qu'elle commande aux esclaves, qu'elle ait soin d'eux; le mari partage donc avec elle son autorité, lui confie la surveillance des travaux de l'intérieur. Ischomaque et sa femme sont seulement des associés d'une entreprise agricole, sagement unis pour la poursuite d'intérêts communs : les soucis du ménage tiennent chez eux la place et donnent l'illusion des vertus domestiques. L'Économique de Xénophon est fidèle à son titre : elle n'est point un traité des devoirs et des droits des époux. Les plus belles pages que l'antiquité nous ait laissées sur le rôle de la femme ont trait seulement à son rôle de ménagère.

En somme, dans la société antique, aucun des sentiments, qu'il est naturel à la femme d'inspirer, n'atteint son plein et entier développement. Il manque à celle-ci, pour obtenir l'amour auquel elle a droit, deux conditions saus lesquelles, suivant Aristote, il n'y a pas d'amour : la vie commune et l'égalité. La femme est d'abord tenue à l'écart; son mari s'éloigne d'elle. Ensuite, elle est légalement inférieure à l'homme : « fille, elle dépend de son père; femme, de son mari; veuve, de son fils. Elle est toujours sous le coup d'une répudiation ; elle est en butte aux insolences et aux outrages d'une concubine » (Girard). Une telle inégalité, qui atteste que la femme n'est point aimée, empêche aussi qu'on aime. L'homme éprouve pour elle un sentiment injuste : il lui sait gré de son effacement ; il ne lui reconnaît qu'un mérite, la modestie.

« S'il me faut parler de la vertu des femmes, qui vont vivre maintenant dans le veuvage, dit Périclès, s'adressant aux femmes des soldats morts à la guerre, je me contenterai de ce bref conseil : ne pas déchoir de vos qualités sera pour

répond la femme. Ce sera au contraire la partie la plus douce de mes devoirs ; car, bien soignés, ils en auront de la reconnaissance, et nous serviront avec plus de zèle. »

vous une grande gloire, comme de n'avoir, parmi les hommes, soit en bien, soit en mal, aucune célébrité i ». « La vertu, pour les femmes, consiste à cacher leur vie et leur amour », dit encore Euripide2.

Aussi, fait-on abstraction des lois religieuses et civiles, qui réprouvent le célibat comme une impiété grave ou un danger public, et ne considère-t-on le mariage que comme un acte qui intéresse le bonheur individuel, on s'explique la répugnance avouée des Anciens pour la vie conjugale. « Ceux qui ont l'ûme virile et exempte de préjugés, dit Aristophane dans le Banquet, quand ils ont atteint l'âge d'homme, prennent des amants et, s'ils se marient et veulent avoir des enfants, ils ne suivent point en cela la nature, mais subissent la contrainte de la loi3 ». On comprend aussi et par là môme que les moralistes aient traité légèrement le mariage ou même aient franchement recommandé le célibat. Socrate, par exemple, déclare qu'on ne saurait trop scrupuleusement s'enquérir du caractère de ceux dont on recherche l'amitié; il se flatte d'avoir à cet égard quelque connaissance des hommes et s'offre à guider Critobule dans le choix des amitiés les meilleures- Mais il paraît croire que le mariage ne demande pas tant de soin et de réflexion; et, quand on lui reproche d'avoir épousé « la femme la plus insociable qui soit, qui fui et qui sera jamais », il répond : « Je voulais apprendre l'art de vivre avec les hommes; j'ai épousé Xanthippe, sûr que, si je la supportais, je m'accommoderais facilement de tous les caractères '. » Ce n'est là sans doute qu'une boulade, mais rien n'empêche d'y voir une opinion sérieuse exprimée sous une forme légère. Les philosophes de toutes les écoles, avec un autre ton, tiennent le même langage. Les

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