‹ L'amitié antiqueChapitre 67 sur 194 · Mém., II, vi · texte numérisé non relu

Mém., II, vi

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los mêmes choses pour des biens : dans le premier cas, il y a entre eux rivalité et jalousie; dans le second, dissentiment et division.

Si la haine peut sortir, aussi bien que l'amour, de la spontanéité des penchants, nous donnerons satisfaction à notre nature, nous goûterons le bonheur, quand « nous ferons du bien à nos amis, du mal à nos ennemis * ». Jusqu'ici, on voit bien à la rigueur comment l'amitié se produit; elle est un élan de reconnaissance ou de pitié, mais on ne voit pas comment elle s'établit, à l'exclusion de la haine. C'est qu'on n'a fait encore intervenir que l'instinct; or l'amitié est avant tout un acte de sagesse et de raison. Il faut qu'elle « se glisse » à travers les obstacles de la rivalité, de la colère, de l'ambition et de l'envie. Elle est une victoire remportée sur les passions égoïstes, elle a pour condition la tempérance ou l'empire sur soi. Les hommes deviennent amis par une sorte de contrat, aux termes duquel chacun, suivant à la fois son intérêt et la justice, fait aux autres toutes les concessions nécessaires pour obtenir de vivre en paix avec eux. Ce contrat ne peut être consenti que par les gens de bien, seuls assez sages pour comprendre les conditions de la vie en société et assez justes pour accepter et remplir les obligations qu'elle impose. « Par l'effet de la vertu, ils aiment mieux acquérir en paix des choses modérées que de s'emparer de tout par la guerre 2. » Ainsi l'amitié est le chef-d'œuvre de la raison ; non, comme le remarque Fouillée, de la raison qui a pour objet l'universel et s'oppose aux sens, mais de celle qui inspire la sagesse pratique, et à laquelle Aristote donnera le nom de cppowienç. En effet, l'amitié repose sur le calcul de l'intérêt : on en goûte le charme, mais on en escompte les avantages. Elle est un penchant qu'on suit; mais elle

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