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est aussi et plus encore une vertu qu'on se donne. Ce qui frappe le plus en elle, c'est qu'elle est acquise et se fonde sur un raisonnement. Nous mettons en regard les sacrifices que nous faisons aux autres, et le bien qui nous revient de leur société; et l'égoïsme nous inspire alors le désir de l'amitié. Comme d'ailleurs il y a en nous une disposition naturelle à la bienveillance et à la reconnaissance, cette disposition croît et se développe, n'étant point contrariée, mais plutôt fortifiée et soutenue par notre intérêt; la haine, au contraire, convaincue d'être une erreur, s'évanouit. Après avoir d'abord dit que le bonheur consiste à faire du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, Socrate soutient qu'il ne faut faire de mal à personne, même à ses ennemis.
Mais, pour sentir l'amitié, nous avons besoin iVcn connaître le prix: l'amitié pourra donc être enseignée : en nous faisant comprendre le besoin que nous avons des autres, on nous porte, a à les aimer; en nous éclairant sur notre intérêt, on éveillera en nous la sympathie. C'est en s'adressant à notre raison qu'on touche notre cœur. « Le point de vue intellectuel et rationnel, dit Fouillée, domine toujours en Grèce, surtout dans la philosophie grecque, surtout dans la philosophie de Socrate. »
C'est encore du même point de vue que Socrate oppose l'amitié à l'amour. L'amour es!: un penchant aveugle, qui va contre nos intérêts, qui ruine et compromet noire bonheur; il a besoin d'être refoulé ou réglé et contenu. L'amitié est un mouvement de l'Ame, où la raison a plus de part que l'inclination; elle a besoin d'être éveillée et se maintient par un effort de volonté.