Lysis, 212, C, D ; 213, A
THÉORIES PSYCHOLOGIQUES DE l'àMITIÉ 75
de la psychologie de l'amitié. Ainsi la distinction du sens actif et du sens passif des mot ami et amour conduit à cette importante question : l'amitié réside-t-elle dans le fait d'aimer ou dans celui d'être aimé ? Sur cette question encore, Platon devance Aristote. On se trompe sur l'amour et ses attributs, dit Diotime dans le Banquet, lorsqu'on croit qu'il consiste à être aimé, et non à aimer. On dit, par exemple, que l'amour est beau, parfait et bienheureux : en réalité, il aspire à la beauté, à la perfection et au bonheur, il n'est point en possession de ces choses. Aimer est une chose plus divine qu'être aimé, est-il dit encore ailleurs l. Platon, dans le Lysis, recherche quels sont les amis, et, dans le Banquet, quelle est la nature de l'amitié. Mais dire ce que sont les amis revient à analyser le sentiment de l'amitié, car les amis sont tels par le sentiment qu'ils éprouvent. Platon raille ceux qui caractérisent les amis par ce qui paraît d'eux au dehors, comme la ressemblance ou le contraste. A supposer que tous les semblables fussent amis, ce qui n'est pas, puisque les méchants se haïssent d'autant plus qu'ils se ressemblent davantage, la ressemblance pourrait bien nous faire reconnaître les amis, mais ne nous les ferait pas connaître. Il faudrait savoir, non pas que les amis se ressemblent, mais en quoi ils se ressemblent. Déjà l'amitié n'est point la ressemblance dans le mal, puisque les méchants se haïssent. Est-elle donc la ressemblance dans le bien? On a vu que, pour Socrate, cette ressemblance ne suffit pas à produire l'amitié, et que les bons, comme les méchants, peuvent être ennemis les uns des autres. Platon va plus loin et soutient que, lorsque les bons sont amis, ce n'est ni en tant que semblables, parce que les semblables ne peuvent être utiles l'un à l'autre, ni en tant que bons, parce que les bons, se suffisant à euxmêmes, n'ont besoin de personne et ainsi n'aiment per-