‹ L'amitié antiqueChapitre 72 sur 194 · Lysis, 218 A. — Banq., 203 E, 204 A · texte numérisé non relu

Lysis, 218 A. — Banq., 203 E, 204 A

dit encore Platon (entendant par là le fait d'aimer), n'est ni riche ni pauvre, ni mortel ni immortel. Il tient le milieu entre la possession et la privation du bien, comme l'opinion droite tient le milieu entre la science et l'ignorance. Dans le mythe célèbre du Banquet, il est représenté comme un démon, divinité intermédiaire entre Dieu et l'homme, étant le fils d'un dieu et d'une mortelle, de Poros (l'Abondance) et de Pénia (la Pauvreté).

Voyons d'abord ce que l'amour lient de sa mère Pénia. Il est en lui-même une imperfection. « Ce qui n'est ni bon ni mauvais devient ami du bon, à cause du mal qui est en lui l. »

On n'aimerait pas la médecine, si on était sain; on n'aimerait pas la sagesse, si on était sage. C'est à cause de la maladie qu'on recherche la médecine et à cause de l'ignorance qu'on recherche la sagesse. L'amour trahit donc l'infirmité de notre nature; il dérive d'un besoin; aimer, c'est désirer d'être délivré d'un mal. Mais ce mal, dont on veut par l'amour être délivré, ne doit pas avoir dans l'âme des racines profondes : il ne faut pas que nous en soyons imprégnés, mais seulement atteints. C'est ainsi que des cheveux blanchis peuvent reprendre leur couleurnaturelle, mais non des cheveux blancs. Le malade qui se sent perdu n'appelle plus le médecin. Celui qui est dans une ignorance absolue ne cherche pas à s'instruire. L'ami, par définition, n'est ni bon ni mauvais. Le mal qui est en lui ne peut donc être que relatif. Si ce mal est, par exemple, l'ignorance, ce sera l'ignorance consciente, laquelle n'est pas ignorance, au sens propre et absolu, puisqu'elle enveloppe la connaissance d'elle-même.

L'analyse qui précède est incomplète. Il nous reste à montrer dans l'Amour le fils de Poros. L'amour est éveillé en nous par la conscience d'un mal, c'est-à-dire d'une

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