‹ L'amitié antiqueChapitre 73 sur 194 · Lysis, 217 B · texte numérisé non relu

Lysis, 217 B

imperfection, d'un besoin; mais il est, par nature, une aspiration au bien. Le malade aime la médecine, à cause de la maladie, mais il n'aime pas la médecine pour ellemême; il l'aime en vue du bien qu'elle procure, c'est-àdire de la santé. On complétera donc ainsi la définition de l'amitié : « Ce qui n'est ni bon ni mauvais est ami du bien, à came du mal et en vue du bien. » Mais, si on aime la médecine en vue de la santé, on aimera la santé elle-même en vue d'un autre bien, cet autre bien en vue d'un troisième, etc. On ne peut remonter ainsi à l'infini, il faut admettre « un bien premier», qu'on aime pour lui-même, et en vue duquel on aime tous les autres. Peut-on dire qu'on aime une chose, quand on ne l'aime pas pour ellemême, mais en vue d'une autre? Non. c'est celte autre chose, et elle seule, qu'on aime. Un père, qui aime son fils d'un amour absolu, met-il en comparaison avec cet amour l'intérêt qu'il prend à ses biens, à son vin, à l'amphore qui le contient? Non, il n'aime ces biens que dans la mesure où il en fait jouir son fils, ou plutôt, il ne les aime pas, c'est son fils seul qu'il aime. « Ainsi donc, la chose qui est vraiment aimée est celle qu'on n'aime point en vue d'une autre1. »

En d'autres termes, il y a un amour relatif et un amour absolu, et l'un se réduit à l'autre. Mais, si l'absolu explique le relatif, le relatif à son tour fait connaître l'absolu. Si le mal disparaissait, le bien perdrait du même coup son utilité, car il ne vaut que comme remède du mal et, en un sens, il ne mérite pas d'être recherché pour lui-même2. L'amour absolu n'est donc plus l'amour, et l'amour relatif n'est pas encore l'amour.

Ainsi l'amour fuit devant la pensée qui cherche à le saisir. Mais les difficultés qui nous arrêtent sont d'ordre

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